Le tabou sur la viande in vitro est levé : lancée en janvier par la commission des affaires économiques du Sénat, la mission d’information menée par Olivier Rietmann (LR, Haute-Saône) et Henri Cabanel (RDSE, Hérault) a conclu à la nécessité d’accélérer la recherche en France sur l’alimentation cellulaire. Il s’agit non seulement de « lever les incertitudes encore nombreuses à leur sujet », mais aussi de « s’assurer la maîtrise de la technologie », argumentent les deux parlementaires dans un rapport rendu public le 14 mars 2023.

En Europe, « une autorisation de mise sur le marché de tels produits ne sera vraisemblablement pas donnée avant l'horizon de 2025 », estiment-ils. « Ce délai ne doit pas être le prétexte pour refouler le sujet et faire comme s’il n’existait pas. » Il doit être perçu comme une « opportunité de réfléchir collectivement », poursuivent-ils tout en s’appuyant sur l’exemple des OGM qui ont montré « qu’en fermant la porte par principe à une technologie, on est finalement contraint de rouvrir les fenêtres, de façon cette fois subie ».

Un soutien de 5,7 millions d’euros de la BPI

Les sénateurs entendent également clarifier la position de la France sur le sujet de la viande in vitro : « La ferme opposition des ministres chargés de l’Agriculture d’un côté et, de l’autre, le soutien de BPI France à cette innovation à hauteur de 5,7 millions d’euros illustrent les hésitations des pouvoirs publics et font craindre en France un stop-and-go contre-productif ». Ils ne souhaitent pas non plus que le pays, à la traîne, « tombe dans la dépendance technologique de grands groupes étrangers ».

« Il est urgent de travailler, dans les deux prochaines années, au moins préventivement, à façonner des standards français et européens avant que ce produit n’arrive dans nos assiettes », insistent les auteurs.

Des subventions publiques possibles

La mission d’information retient 22 propositions qui devraient être examinées fin mars par la commission des affaires économiques du Sénat. Parmi lesquelles : elle réclame la création d’une unité mixte de recherche au sein de l’Inrae et du CNRS, dont le rôle consisterait à mener une expertise scientifique collective, afin de mieux appréhender les techniques de l’industrie cellulaire et de diffuser plus largement les données la concernant. Il s’agira aussi d’évaluer les impacts socio-économiques et environnementaux des aliments cellulaires.

Les sénateurs préconisent par ailleurs, en attendant les résultats de cette expertise, de « ne pas exclure par principe le financement de l’innovation dans ce secteur par des subventions publiques ou des concours ».

En matière de sécurité sanitaire, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (l’Efsa) oblige désormais les entreprises opérant en Europe à l’informer lors du lancement de toute nouvelle étude relative aux risques sanitaires. « Nous proposons de transposer cet impératif de transparence de la santé à l’environnement, en imposant la communication des données en analyse de cycle de vie aux autorités environnementales – en France, à l’Ademe –, dès le stade des ateliers-pilotes, et surtout lors des premières étapes de l’industrialisation ».

Intégrer dans la stratégie protéines végétales

Les sénateurs proposent de « forger une position interministérielle plus cohérente sur l’industrie cellulaire, soit au travers d’un livre blanc dédié, soit en l’intégrant dans la stratégie nationale protéines végétales ».

Les sénateurs précisent enfin qu’ils souhaitent « faire en sorte que l’industrie cellulaire ne nuise pas au monde agricole », mais souhaitent dans le même temps « pousser les filières à se préparer à l’arrivée d’aliments cellulaires, qu’elles ne voient aujourd’hui que comme un horizon très lointain, sur le marché ».