Pour casser la légende selon laquelle les loups ne créent pas de problèmes "ailleurs", des représentants des éleveurs de onze pays  se sont réunis, le 29 novembre 2022, à Saint-Jean-de-Bournay (Isère). Le collectif Pâturage et biodiversité (2) est à l’origine de cette mobilisation qui vise à peser pour obtenir la modification de la protection stricte du prédateur.

© Marie-France Malterre - Germano Mattei, représentant la Suisse (debout à gauche) en compagnie de Mélanie Brunet, de Pâturage et biodiversité à l'initiative du rassemblement qui a présenté la motion adressée à la Commission européenne pour demander l'abaissement de la protection des loups.

Une date symbolique

Symboliquement, cette réunion européenne se déroulait le même jour que celle du comité de la convention de Berne (traité européen sur la conservation de la faune et de la flore sauvage) qui examinait la demande de la Suisse pour un assouplissement de la protection du loup. Dans l’après-midi, le comité, réuni à Strasbourg, a annoncé qu’il ne modifierait pas le statut du loup. Une décision qui n’a pas surpris l’assemblée à Saint-Jean-de-Bournay, dont les membres comptent sur leur union pour faire bouger les lignes.

Tous ont décrit des conditions de travail des éleveurs qui s’aggravent alors que les effectifs des prédateurs explosent. Beaucoup, comme en France, contestent d'ailleurs les chiffres officiels et soulignent la bonne santé de l'espèce dans leur pays respectif.

Échec de la protection des troupeaux

Wendelin Schmücker, président de l’association de promotion de l’élevage allemand, estime que "la protection passive a échoué et qu’il faut maintenant passer à des mesures de protection active. Dans peu de temps, il n’y aura plus d’animaux dans les pâtures."

"J’aurais bien aimé que vous présentiez des mesures de protection qui marchent", a ironisé l’Autrichien Klaus Sommeregger. Tous dénoncent l'impact psychologique des attaques qui contraint les exploitants à abandonner. "Nous ne voulons pas mourir", a alerté Lina Leu, une des représentantes italiennes.

La prédation sur les bovins cause aussi de plus en plus de problèmes. Claude Gebhard, en provenance de la Suisse alerte sur le changement de comportement des animaux après les attaques. "Nos vaches deviennent un danger pour nous éleveurs et pour les touristes", souligne-t-il.

Le député européen Eric Andrieu a apporté son soutien en visioconférence aux éleveurs européens et Didier-Claude Blanc, du Conseil régional de l'Auvergne-Rhône-Alpes, était présent pour appuyer la demande de déclassement du prédateur qu'il juge "indispensable". "La régulation de l'espèce doit être fonction de la pression, a-t-il déclaré. L'environnement ne peut pas être l'apanage de quelques-uns." Jusqu'à maintenant, le commissaire européen à l'Environnement n'a pas été sensible aux arguments et sollicitations des éleveurs.

Le prédateur a moins peur

 "Les faits nous montrent que dans tous les pays colonisés par les grands prédateurs, les pratiques agricoles sont en danger", indiquent les onze pays dans la motion qu'ils adressent à la Commission européenne et au comité de la convention de Berne. Ils expliquent que la superprotection du prédateur conduit à un changement du comportement de Canis lupus. Il a moins peur.

Cette absence de peur joue un rôle négatif en dévaluant les moyens de protection. Les loups ont davantage d'assurance pour déjouer les mesures de protection. "Une étude de l'Inrae révèle que 90 % des attaques se déroulent sur des troupeaux protégés, indiquent-ils. L'échec est cuisant. Les victimes sont de plus en plus nombreuses. Elles meurent dans des souffrances légalisées par la superprotection faisant disparaître toute notion de bien-être animal."

(1) Allemagne, Suisse, Pays-Bas, Autriche, Norvège, Belgique, Slovénie, Espagne, Italie, République tchèque et la France.

(2) L’association des éleveurs et bergers du Vercors (AEBV), le Cercle 12 (Association d’éleveurs de l’Aveyron, l’association Préservons nos troupeaux des loups en Limousin, l’organisme de sélection Mouton Charollais, l’Association de la sauvegarde de l’élevage et de la biodiversité de la Saône-et-Loire (ASEB 71), le collectif L113.