«C’est la quatrième année que j’utilise cette technique. En période de creux de la pousse de l’herbe, j’ensile du maïs et je l’apporte en vert à mes animaux », explique Jérôme Tardif, éleveur laitier en agriculture biologique à La-Chapelle-Thouarault, en Ille-et-Vilaine. Il a découvert cette pratique lors d’un voyage en Franche-Comté avec son groupe Agrobio 35. « Je me suis dit : si ça marche chez eux, pourquoi pas chez moi ! », raconte Jérôme.

Amélioration des performances

L’agriculteur était à la recherche d’une solution pour résoudre le manque d’herbe à la saison estivale (juillet, août, septembre). L’exploitation se situe à 20 kilomètres à l’ouest de Rennes, dans une zone séchante, avec une pluviométrie annuelle de 750 mm en moyenne. Il n’y a plus d’herbe dès le mois d’août.

 

« Ces dernières années, nous avons connu des périodes sèches et j’ai rapidement constaté une chute des taux protéiques et butyreux, et de la quantité de lait, explique Jérôme. L’affouragement en vert permet de venir pallier, en apportant un fourrage frais. » Quelques semaines suffisent pour observer une amélioration. « Cette année, en un mois j’ai déjà repris 2 points de TB (40 à 42 g/kg) et 1,6 point de TP (29,8 à 31,4 g/kg) », détaille l’éleveur. En 2020, entre les mois de septembre et octobre, le TB moyen est passé de 39,8 à 44,3 g/kg et le TP de 31,68 à 33,2 g/kg. Côté production, lorsque l’éleveur ne pratiquait pas encore l’apport de maïs en vert, elle était d’environ 15 kg par vache et par jour. Désormais, elle se situe autour de 19 kg, avec une ration uniquement constituée des fourrages produits sur l’exploitation. Aucun concentré n’est fourni. « Grâce à l’affouragement, les quantités de lait produit ne baissent plus à la période où l’herbe se fait rare, confirme l’éleveur. Cette technique permet aussi de maintenir les animaux en état. Auparavant, j’avais des vaches qui maigrissaient, et c’était toujours très long pour revenir à la normale. Je vois aussi la différence en matière de fertilité. Je ne suis plus obligé d’ouvrir le silo d’ensilage herbe. »

 

L’objectif de Jérôme est de faire le moins d’ensilage possible. Celui de maïs est réservé pour l’hiver. « J’ai constaté que le maïs était mieux valorisé en vert qu’en ensilage fermenté, poursuit-il. J’ai de meilleures performances par rapport à l’hiver. C’est un fourrage très appétant. Les vaches se jettent dessus. »

Une demi-heure par jour

La ration se compose actuellement d’herbe affouragée en vert (9,5 kg de MS), de maïs affouragé (6 kg de MS), et le reste en pâturage (3 kg de MS). Les deux fourrages sont complémentaires : l’herbe apporte de la protéine et le maïs enrichit la ration en énergie. L’éleveur pratique l’affouragement en vert d’herbe presque toute l’année, sauf l’hiver, pour une question de parcellaire. L’exploitation ne dispose en effet que de 10 hectares accessibles autour de la stabulation.

Au départ, l’éleveur a démarré en récoltant avec une ancienne ensileuse à maïs 1 rang, appartenant à son beau-père. Pour la remorque distributrice, l’agriculteur a utilisé un épandeur à fumier. Bon bricoleur, il l’a équipée d’un tapis de distribution à l’arrière (4 500 euros). « Cela m’a permis de tester la technique sans faire trop d’investissements », confie-t-il. L’année dernière, cependant, il a dû acheter une nouvelle ensileuse (8 000 euros), car d’importants et coûteux travaux devaient être réalisés sur l’ancienne.

En pratique, Jérôme démarre l’affouragement du maïs début août – un peu plus tard cette année, compte tenu de la saison d’herbe exceptionnelle –, jusqu’à la mi-novembre. Cette année, il devrait récolter 3 hectares en frais. Les 2 hectares restants seront ensilés et conservés pour l’hiver. « Au démarrage, il y a très peu de grain, notamment cette année, avec un maïs très tardif, mais les résultats sont là. J’arrête l’affouragement lorsque le grain devient trop dur, car il n’y a pas d’éclateur sur la machine. »

Les limites du système restent le temps passé et l’investissement en matériel. L’éleveur a investi lorsqu’il était sûr de la technique et de ses résultats. Concernant le temps de travail, il consacre une demi-heure par jour pour l’affouragement du maïs, et une demi-heure pour l’affouragement en herbe. « Cela ne me pose pas de problème. J’aime conduire le matériel », explique cet ancien salarié d’entreprise de travaux agricoles, pendant dix ans, avant de s’installer. « La technique est intéressante, car elle permet de bien améliorer les performances laitières malgré l’investissement », souligne-t-il. Isabelle Lejas