« Le commerce équitable, ce n’est pas un marronnier ! Il continue de progresser malgré les difficultés », tels ont été les premiers mots prononcés par Jean Pierre Blanc, directeur des cafés Malongo, à l’occasion d’une conférence de presse qui se tenait à Paris le 5 mai 2022.

 

Les ventes du commerce équitable ont progressé de 9 % pour les filières françaises en 2021, pour atteindre 707 millions d’euros, selon l’observatoire annuel de l’association Commerce équitable France (1), présente à cette conférence de presse.

« Une croissance tirée par des filières qui s’engagent »

Les produits du commerce équitable ont la cote. Le marché global (en France et à l’international) représente 2,041 milliards d’euros en 2021, progressant de 11 % par rapport à 2020. Depuis 2014, le marché du commerce équitable s’est ouvert aux produits d’origine France et représente aujourd’hui 35 % du total.

 

Pour Julie Stoll, déléguée générale de Commerce équitable France, « cette croissance est tirée par des entreprises qui s’engagent, qui basculent leurs produits et qui se disent, oui effectivement, on va sortir de ce diktat des prix de marché dérégulés qui sont néfastes pour nos partenaires producteurs, pour nous et pour les consommateurs in fine ».

 

Le nombre de références produit a ainsi progressé de 36 % en un an. « Il y a de plus en plus d’entreprises qui basculent en équitable et les entreprises qui le sont déjà basculent de plus en plus de produits en commerce équitable », ajoute-t-elle.

« Une croissance exceptionnelle des produits laitiers équitables »

Sur le territoire français, 100 groupements, représentant plus de 12 000 producteurs, sont engagés dans une filière de commerce équitable. C’est 8 000 producteurs de plus qu’en 2016.

 

Pour ce qui est des types de produits vendus, 95 % des produits équitables sont alimentaires. Pour les produits origine France, 50 % sont des produits de boulangerie et viennoiseries, 18 % des fruits et légumes et 14,5 % des produits laitiers.

 

Les ventes de ces derniers ont d’ailleurs fortement progressé avec +44 % entre 2020 et 2021, pour atteindre 10,4 millions d’euros. « Quand on connaît la volatilité des prix sur la filière du lait et aussi la faiblesse des prix, le plus souvent pour les producteurs, [les] prix stables rémunérateurs du commerce équitable sur cette filière prennent évidemment tout leur sens », souligne Julie Stoll.

Le duo équitable et bio, une garantie pour les consommateurs

Pour Julie Stoll, il existe une convergence très forte entre l’équitable et le bio. Pour preuve, 88 % des produits équitables sont également bio, « et ça sur les filières internationales comme sur les filières françaises ».

 

Si « dans le commerce équitable, ce n’est pas une obligation d’être en bio », « c’est souvent un horizon souhaitable », précise-t-elle.

 

« On le voit aujourd’hui. Le bio est beaucoup moins soumis à la question de l’inflation parce que les fermes sont beaucoup plus autonomes, notamment en intrants ou en aliments du bétail quand il s’agit d’élevage, et donc, c’est quand même un moyen de réguler les coûts de production qui est assez efficace et évidemment qui produit des performances environnementales qui sont importantes », ajoute-t-elle ensuite.

 

Ainsi, 57 % des produits issus des filières françaises ont la double labellisation, bio et équitable. Si les ventes en grandes et moyennes surfaces ont légèrement progressé passant de 29 % en 2020 à 30 % en 2021, les boutiques bio restent le premier réseau de vente avec 38 % des ventes réalisées par ce canal en France.

 

On a souhaité que ce soit les producteurs qui soient aux manettes

Paul Toti

Paul Toti, éleveur de bovins dans le Cantal, a partagé son expérience en tant que producteur mais aussi en tant que représentant de l’association bio et équitable en France (2).

 

« On avait bien senti que le label bio s’essoufflait un petit peu et on avait besoin d’apporter plus de garanties pour nos consommateurs, plus de développement de la biodiversité, plus de bien-être animal, tout un tas d’externalités positives qu’on souhaitait mettre en œuvre mais pour cela il nous fallait quand même une petite assurance sur le prix », explique-t-il.

 

En travaillant sur le référentiel commerce équitable Nord Sud basé sur les coûts de production des producteurs, « on a souhaité que ce soit les producteurs qui soient aux manettes et qui fixent eux-mêmes, dans leurs groupements, leurs coûts de production », précise l’éleveur.

 

Pour Paul Toti, le but de ce label est d’apporter de la transparence « du producteur jusqu’au consommateur sur [les] systèmes [engagés] ». « C’est pour cela qu’on est très motivé à faire valoir ce système […] qui apporte une belle bouffée d’oxygène à nos productions bio dans un contexte de consommation assez délicat », ajoute-t-il.

 

« On comprend bien l’importance et l’articulation entre un mode de production écologique et un mode de commercialisation éthique et équitable. Pour les consommateurs, c’est visiblement quelque chose qui a du sens puisque ces produits avec une double labellisation performent très bien sur le marché », détaille Julie Stoll.

Une volonté de « s’inscrire dans la transition écologique »

Avec des prix minimums garantis, les fermes engagées dans l’association bio et équitable en France ont pu s’inscrire dans une « dynamique d’autonomie » et « embrayer sur des diminutions de consommation d’énergies fossiles notamment ».

 

Pour Julie Stoll, le commerce équitable permet la valorisation des modes de production respectueux de l’environnement et de la biodiversité. Le commerce équitable a ainsi la volonté de « s’inscrire dans une transition agroécologique »

 

« On sait que pour passer en bio ou pour mettre en place d’autres pratiques agroécologiques, ça a un coût pour les producteurs […] mais la transformation des pratiques agricoles, elle, nécessite de la visibilité sur la durée et des prix rémunérateurs. Et donc ça, ce sont les règles de bases du commerce équitable, ce qui explique cette convergence (entre le CE et le bio) au niveau de la production », nous explique-t-elle.

 

Pour Paul Toti, le contexte de guerre en Ukraine fragilise toute la production agricole, notamment en agriculture conventionnelle. L’autonomie des fermes et les pratiques agroécologiques « donne [donc] du sens à ce contexte mondialisé dans lequel la plupart des agriculteurs ne se reconnaissent plus ».

 

Le commerce équitable et bio « propose un modèle résilient, autonome, qui n’épuise ni les hommes, ni pas les animaux et qui n’épuise pas les écosystèmes, ajoute Paul Toti. On veut régénérer nos sols, on veut apporter un avenir pour les futures générations d’agriculteurs ».