Moins radical que le changement de race et plus rapide que le progrès génétique intrarace, « jouer sur la complémentarité d’aptitudes des races au travers du croisement laitier permet de s’approcher du profil de vache souhaité, adapté à son système et à ses objectifs », explique Pascale Le Mezec, chef de projet programmes de sélection à l’Institut de l’élevage (Idele).

Bénéficier de l’hétérosis

La production laitière moyenne des 113 000 vaches laitières croisées enregistrées au contrôle laitier en 2018 est de 6 658 l par lactation, soit respectivement 100 et 800 l de plus que pour les montbéliardes (Mo) et les normandes (No) pures. Au niveau des taux, les croisées prennent le pas sur les prim’holsteins (Ph), avec un TB moyen de 39,6 g/kg et un TP de 32 g/kg l’année dernière.

D’après Charlotte Dezetter, auteure d’une thèse sur l’intérêt du croisement laitier en 2015, l’amélioration des performances des croisées s’explique par l’hétérosis, définie comme le « gain génétique qui s’ajoute à la moyenne parentale ». Dans le cas pratique du croisement Ph x Mo, la première génération de croisées arrive à un niveau de production quasi équivalent à celui des Ph, avec un taux cellulaire 5,5 % inférieur. La souche Mo fait gagner 9 % de taux de réussite à l’insémination (IA) et plus de neuf jours d’intervalle entre le vêlage et la première IA par rapport aux Ph pures (1). « L’effet d’hétérosis est maximal en première génération mais chute ensuite. Le croisement trois voies maintient un niveau d’hétérosis à l’équilibre autour de 86 %, contre 67 % avec deux races », explique la chercheuse.

Développer la robustesse

D’après une simulation sur quinze ans réalisée par Charlotte Dezetter, il apparaît que le croisement laitier impliquant les races Mo, No et rouge scandinave, notamment en trois voies, appliqué sur un troupeau Ph permet de remporter entre 20 et 117 € de marge brute par vache et par an, et de réduire le nombre annuel d’interventions sur les animaux. « L’intérêt du croisement est particulièrement intéressant dans des ateliers Ph avec une prévalence modérée à élevée des troubles de santé et de reproduction, écrit-elle dans sa thèse. Avec cette technique, il faut s’attendre à des pertes de volume ou à une augmentation de l’effectif. Il faut porter une attention importante aux priorités et aux opportunités de l’éleveur en termes de contrats laitiers et de capacité de traite. »

Alexandra Courty

(1) Données contrôle laitier analysées par Charlotte Dezetter.