« Même s’il n’existe pas une compétence transversale sur l’alimentation, les collectivités possèdent une douzaine de leviers pour soutenir l’agriculture », indique Gilles Maréchal, chercheur au CNRS, qui les a recensées sur le terrain. En premier lieu, le foncier, enjeu essentiel pour le renouvellement des générations. Avec leur plan local d’urbanisme, les communes et les intercommunalités décident si elles préfèrent construire un nouveau lotissement ou créer une zone agricole protégée (ZAP).

Thierry Letellier, maire de La Villedieu dans la Creuse, sur le plateau de Millevaches, a créé une association foncière en impliquant des habitants. En moins de six mois, l’association a récupéré une trentaine d’hectares, en s’appuyant sur la récupération des biens sans maître (1), et avec l’aide du Parc naturel régional et de la Safer. « Nous garantissons le paiement des fermages aux propriétaires. Nous espérons installer quatre agriculteurs et agricultrices en 2026, et récupérer les terres d’un exploitant qui partira bientôt à la retraite », précise Thierry Letellier, lors du forum de la Confédération paysanne de l’Indre, le 10 février, à Luant. Il juge cet outil « assez facile à mettre en œuvre ».

Face à la chasse, une aide au bail

Autre exemple avec la communauté de communes du Romorantinais et Monestois (Loir-et-Cher), en Sologne, qui a mis en place une aide au bail. « Avec la pression de la chasse, le prix du foncier explose. Le fermage est un frein pour les propriétaires. Donc nous attribuons une aide de 1 000 €/ha, dans la limite de 12 000 € aux propriétaires qui louent leurs terres aux jeunes. En six ans, nous avons soutenu 20 hectares pour l’installation de quatre personnes et la confortation d’une exploitation », explique Nicolas Garnier, deuxième vice-président de la communauté de communes, qui propose également une aide au défrichement.

Un autre levier des communes pour agir sur l’agriculture est la commande publique. On pense d’emblée à l’approvisionnement en produits locaux de la cantine municipale. « Nous avons mis cinq ans à passer de plats réchauffés à l’approvisionnement 100 % local, avec Cagette et Fourchette. Le prix du repas n’a augmenté que de 10 centimes d’euros », témoigne un maire dans la salle.

De la chaleur renouvelable et locale

C’est également possible pour la chaleur. Daniel Calame, maire de Saint-Plantaire, a mis en place une chaufferie bois pour alimenter 25 maisons, dont 12 logements sociaux. « Nous passons par la SCIC Berry Énergie Bocage, qui permet de donner une valorisation économique aux bouchures et donc de soutenir les agriculteurs dans l’entretien des haies. »

Les mairies ou les intercommunalités peuvent également louer des équipements de transformation, créer une régie agricole municipale, soutenir un méthaniseur pour traiter les ordures ménagères, mettre en place des transports vers les lieux d’alimentation (marchés, magasins…). Les outils pour relancer l’agriculture locale ne manquent pas. Les maires qui agissent sont souvent des agriculteurs ou d’anciens agriculteurs. Quid des élus, de plus en plus nombreux, qui ne connaissent pas les enjeux agricoles…

(1) Récupération des parcelles sans propriétaire depuis plus de 30 ans.