La baisse était prévisible. Pour sa 62e édition, le Salon international de l'agriculture (SIA) enregistre une chute de 27,9 % de sa fréquentation, a annoncé son président Jérôme Despey, dimanche 1er mars 2026, en clôture du salon, assurant qu’il reviendra « plus fort » l’an prochain. En cette année 2026, l’évènement a rassemblé 437 402 visiteurs, contre 607 000 lors de l’édition précédente, loin du record de 2014 (703 000), a poursuivi l’organisation.
« Quand il manque quelqu’un dans la famille, ce n’est pas comme d’habitude […]. Et ça s’est vraiment ressenti dans une baisse de la fréquentation », avait expliqué un peu plus tôt à l’AFP le patron du salon, Jérôme Despey. Sur les quatre premiers jours du salon, le nombre de visiteurs affichait déjà un recul de l’ordre de 25 %, et sur le reste de la semaine, les travées ont paru bien clairsemées, avant de retrouver pour le dernier samedi une affluence plus habituelle avec trois étages de halls gastronomiques régionaux encombrés de familles, seniors et beaucoup de jeunes.
Un contexte « un peu particulier », sans bovins
« Le contexte était un peu particulier », avec l’absence des bovins, une première depuis 62 ans, qui « a beaucoup marqué » et aussi « beaucoup d’inquiétudes du monde agricole », a souligné le président de l’évènement. Le salon avait « respecté » le choix des éleveurs de ne pas amener leurs vaches en raison de la dermatose.
« Au-delà de l’émotion légitime, un climat d’attentisme en a découlé. Certains ont hésité à venir. D’autres ont choisi de ne pas participer. Des appels au boycott, des prises de parole conflictuelles, des polémiques parfois surdimensionnées ont pu contribuer à nourrir le doute : un salon annoncé comme un lieu de tensions donne moins envie », ont par ailleurs mis en exergue les organisateurs dans une lettre ouverte diffusée dimanche. Beaucoup d’exposants faisaient par ailleurs grise mine, citant aussi la réorganisation des halls due à des travaux.
Plusieurs facteurs exogènes
La fréquentation moindre peut aussi s’expliquer par plusieurs « facteurs exogènes », comme les vacances scolaires — pour la première fois depuis 8 ans, l’ensemble des trois zones étaient en congés en même temps sur plusieurs jours pendant le Salon — ou la météo pluvieuse avec des inondations dans plusieurs régions, qui a pu empêcher certains visiteurs de venir.
M. Despey note toutefois quelques aspects positifs, avec un « aspect plus qualitatif » pour certains exposants qui ont eu l’impression de « pouvoir mieux dialoguer » entre eux mais aussi avec les visiteurs et les responsables politiques. Ces derniers n’ont pas manqué au rendez-vous, à commencer par le président de la République Emmanuel Macron, resté 12 heures le premier jour. Mais « bien sûr que l’année prochaine sera différente », a assuré Jérôme Despey. « Le salon va revenir plus fort ».
Il entend se réunir rapidement avec les présidents d’autres salons et le gouvernement pour « permettre d’avoir des protocoles qui nous permettent de sécuriser » ce type d’évènements et leurs participants « au-delà des protocoles sanitaires édictés par l’État » dans un contexte de nécessaire adaptation aux nouvelles crises potentielles.
Production à l’ordre du jour, petites fermes sur la sellette
Alors que l’agriculture s’enfonce dans une crise de revenus et voit son excédent commercial se réduire, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a appelé à relancer « production, réindustrialisation, compétitivité », fustigeant les « apprentis sorciers de la décroissance » et s’interrogeant sur l’avenir des petites fermes. « Les fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, […] peuvent-elles toujours tenir la cadence face à des exploitations, roumaines, polonaises ou même allemandes ? », s’est-elle interrogée en inaugurant le stand du ministère.
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, syndicat dominant du secteur, a trouvé « assez courageux qu’on se pose la question ». La Confédération paysanne s’est quant à elle insurgée contre « un plan social scandaleux ».
Par ailleurs, le gouvernement a promis une « loi d’urgence agricole » répondant notamment aux demandes de la FNSEA de « moyens de production » (eau, pesticides). Le collectif d’ONG Nourrir a dévoilé en réponse avec la Confédération paysanne une « proposition de loi » soutenant la protection de l’environnement et le revenu des paysans.