Les agriculteurs le savent : leur métier connaît un taux de fréquence et de gravité des accidents du travail supérieur à la moyenne, comparable à celui du bâtiment et des travaux publics, avec une centaine de décès par an.

Les risques sont multiples : collisions avec des engins ou machines agricoles, chutes, bousculades avec des animaux (des bovins le plus souvent), intoxications… Avec, parfois, des déficiences pour toute une vie. Leur inaptitude peut aussi être sans lien avec le travail (par exemple lors de la survenance d’une maladie).

« À partir du moment où il y a une incapacité de travail, quelle que soit l’origine, l’assuré a besoin d’un accompagnement personnalisé », estime le docteur Jean Houssinot. Pour ce médecin-conseil chef de service à la MSA Île-de-France, l’annonce du handicap s’apparente à un travail de deuil, « un processus lent et très personnel, avec une phase dépressive et une autre de reconstruction. La personne a besoin de temps pour accepter les séquelles sur sa santé et d’être accompagnée vers un retour à la vie active, qu’elle soit professionnelle, familiale ou associative. Plusieurs chemins doivent s’ouvrir à elle. » En Île-de-France, avec le soutien d’Agrica, la MSA expérimente ce suivi.

Agriculteur à toute force

Malgré leur handicap physique, certains ont choisi de devenir agriculteurs, d’autres de s’y maintenir. Un tour de force que les quatre témoins que nous avons interviewés pour ce dossier accomplissent grâce à un tempérament forgé dans les épreuves, et des proches qui les accompagnent au quotidien. Une leçon de vie qui nous engage à changer notre regard et espérer une meilleure intégration des handicapés dans l’enseignement agricole et à l’embauche.

Aurore Cœuru