Souveraineté alimentaire, transition agroécologique, entre virage vert et rentabilité des exploitations, transition alimentaire, ou encore transition énergétique avec le biocarburant... Les enjeux de la filière des oléoprotéagineux sont nombreux, alors que la France importe un quart de ses besoins en protéines végétales destinés à l'alimentation animale, et la moitié de ses besoins en matières riches sous forme de tourteaux.

Si cette année les résultats des oléagineux sont "satisfaisants" en oléagineux, il reste "de vrais challenges" en protéagineux, "notamment en pois", a souligné Arnaud Rousseau, président de la Fop (1), à l'occasion des Rencontres Oléopro. Le pois a en effet connu une "récolte catastrophique" en 2022. Entre contraintes techniques, réchauffement climatique, ou encore maladies, la culture souffre d'un manque de rentabilité au niveau des exploitations.

Des difficultés en pois

"Il faut absolument un sursaut de cette culture, nous avons besoin de relancer la recherche variétale, a insisté Benjamin Lammert, le nouveau président de Terres Univia. C'est une culture avec peu de surfaces, les semenciers n'investissent pas beaucoup. Il faut les accompagner, mutualiser les moyens pour atteindre les objectifs sur la sélection des variétés. Cela fait partie des sujets sur lesquels nous attendons des réponses de la part du ministre de l'Agriculture."

Et Arnaud Rousseau d'ajouter : "Cela passera aussi par l'acceptation du monde agricole d'une révision de la rémunération des semences produites en protéagineux. Aujourd'hui, la plupart des producteurs utilisent des semences de ferme. La relance passera par le financement public, et nous attendons que le ministre nous dise quels moyens sont alloués, sur une enveloppe spécifique aux protéagineux."

Par ailleurs, pour Benjamin Lammert, la structuration de la filière et la répartition de la valeur sont clés. "Les débouchés, la transformation industrielle, peuvent tirer et relancer la culture. Sur le soja, on a constaté une multiplication des surfaces par quatre sur les cinq dernières années, avec le développement du soja non-OGM en alimentation animale, et le changement climatique qui fait qu'on déplace les surfaces vers le Nord", argumente-t-il.

La recherche mobilisée sur plusieurs fronts

Gilles Robillard, président de Terres Inovia, dresse le même constat de Cap Protéines, deux ans après son lancement dans le cadre du plan France Relance, dont le but est d'augmenter la production nationale de protéines végétales. "L'objectif était d'atteindre 2 millions d'hectares de cultures oléagineuses, et d'ici à 2030, de doubler les surfaces de cultures protéagineuses, décrit-il. Aujourd'hui, on est au rendez-vous sur les oléagineux, mais on a un réel problème sur notre capacité à produire des protéagineux."

Si Cap Protéines a permis l'acquisition de références sur les territoires, il faut encore "déployer ces avancées" et "continuer à chercher d'autres solutions", estime Gilles Robillard.

Souveraineté protéique : Des résultats encourageants pour Cap Protéines (02/03/22)

Il est également revenu sur l'arrêt du phosmet, il y a plus d'un an, qui risquait de mettre en péril un quart des surfaces de colza en France. "Avec le travail conjoint de la Fop et de l'institut technique, nous avons pu faire reconnaître la nécessité d'obtenir la dérogation sur la molécule insecticide cyantraniliprole, pour éviter de se retrouver dans des impasses", explique Gilles Robillard. À cela a été adossé le plan de sortie du phosmet pour trouver des solutions alternatives avec une enveloppe de 2,5 millions d'euros, annoncé par Julien Denormandie aux Rencontres Oléopro en 2021.

Pas d'annonces de la part du ministre

Intervenu en fin de journée, Marc Fesneau, le ministre de l'Agriculture, a confirmé l'importance des oléoprotéagineux dans la souveraineté alimentaire et énergétique. Il a rappelé que plus de 150 millions d'euros ont été consacrés au développement des cultures riches en protéines végétales, à travers le plan protéines. Pour lui, "l'effort doit être maintenu" sur le développement des protéines végétales en France, "pour poursuivre la mobilisation et se saisir de toutes les opportunités en termes d'investissement et de moyens mobilisés".

© Justine Papin - Marc Fesneau, le ministre de l'Agriculture et de la souveraineté alimentaire, est intervenu en fin de journée.

Il a également rappelé que le soutien des protéines se fait également à travers de la Pac. "Le PSN prévoit un renforcement inédit du soutien aux légumineuses", notamment par "la mise en place d'un programme opérationnel spécifique consacré aux protéines végétales et doté de 23 millions d'euros."

Interpellé par Arnaud Rousseau sur la question de la fertilisation d'automne des colzas, Marc Fesneau a répondu "ne pas avoir de réponse précise à l'heure où l'on parle", car "nous avons encore une réunion ce soir". Cependant, le ministre "a bon espoir que soit levée la réglementation". "Je partage tout à fait les objectifs", a-t-il affirmé.

(1) Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux.