Alors que la sécheresse a pénalisé le rendement des betteraves en 2022 (voir encadré), la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves) a souhaité donner des perspectives pour 2023 lors d’une conférence de presse le 30 novembre 2022. Avec pour premier objectif : stabiliser les surfaces betteravières pour la prochaine campagne, dans un contexte géopolitique incertain. Cela passe par des prix rémunérateurs.

© Isabelle Escoffier - Nicolas Rialland, directeur général de la CGB (à gauche) et Franck Sander, président, en conférence de presse le 30 novembre 2022. Ils ont pointé les incertitudes pour l'après 2023, notamment en terme de protection contre la jaunisse.

"2023 est une année à semer des betteraves", lance Franck Sander, le président de la CGB. Cette année, le prix des betteraves a repris des couleurs après quatre campagnes en berne. Les fabricants de sucre ont en effet annoncé des prix moyens supérieurs à 40 €/t de betteraves à 16°, dans un contexte de marchés redevenus rémunérateurs pour le sucre, l’éthanol et la pulpe. Ils devraient être au moins identiques l’an prochain.

Marchés porteurs

"Le marché mondial du sucre est porteur pour l’instant, détaille Nicolas Rialland, directeur général de la CGB. Mais il est fragile sur le court terme, car en 2022-2023, on devrait avoir un surplus de production par rapport à la consommation, situé entre 3 et 7 millions de tonnes sur un total de 180 millions de tonnes, ce qui de nature à orienter plutôt à la baisse le marché."

"Cette hausse de prix de betterave est plus que nécessaire au regard des coûts de production betteraviers qui subissent une très forte inflation avec la hausse du prix des engrais et des carburants : 16% en 2022 et de 35% en trois ans (en 2023), par rapport à 2020", insiste la CGB.

Outils de stabilisation des revenus

Maintenir les surfaces de betteraves passe aussi, selon la CGB, par une 'contractualisation rénovée avec l’aval, permettant de répercuter les hausses de coûts'. 'L’intégration de notre filière à Egalim 2, avec la publication en juin par l’interprofession d’indicateurs pertinents pouvant être pris en compte dans les contrats, est susceptible de favoriser une meilleure valorisation du sucre", juge le syndicat betteravier.

"La mise en place d’outils de régulation et de systèmes assurantiels" est importante également pour sécuriser les revenus et maintenir le maintien des bassins de production. L’ISR, l’instrument de stabilisation des revenus, sur lequel travaille la CGB depuis plusieurs années, va ainsi être expérimenté en 2023 en Île-de-France et dans le Grand Est", annonce Nicolas Rialland.

Manque de visibilité

Si la tendance est, à ce stade, plutôt positive en termes de prix de la betterave, la visibilité manque pour les années suivantes. D’autant plus que la dérogation pour l’utilisation des néonicotinoïdes contre la jaunisse devrait être renouvelée pour la troisième et dernière fois pour les semis de 2023. Pour la suite, la filière compte sur les travaux du PNRI (plan national de recherche et d’innovation) lancés en 2020, qui devraient se terminer fin 2023. "Les choix d'assolement à l'été 2023 se feront seulement sur la base des résultats de deux ans de PNRI sur trois", s'inquiète Franck Sander.

Pour autant, des solutions existent (plantes compagnes, hormones pour attirer les pucerons en dehors de parcelles…), mais "elles doivent faire la preuve de leur efficacité, d’une mise en œuvre simple et à coût compétitif". Et "à ce stade, ces dispositifs ne permettent pas de donner une garantie aux producteurs pour lutter contre la jaunisse", insiste Frank Sander.

Les planteurs attendent aussi beaucoup de la génétique. Des variétés tolérantes à la jaunisse devraient ainsi prochainement être mises sur le marché. "Mais à court terme, si ces variétés ont une meilleure tolérance à la jaunisse, leur potentiel de départ est un ton au-dessous des variétés standards utilisées par les planteurs. Une partie du chemin est faite mais pas suffisamment", note le directeur général. Toutes les actions lancées auront des résultats dans deux trois ans. La difficulté va donc être de passer le cap de 2024 et 2025. Pour cela, la CGB entend « mettre au point avec l’État des solutions adaptées ».

La CGB a par ailleurs montré sa désapprobation sur le futur règlement européen SUR pour les phytos qui selon elle "doit être revu : il vise à réduire drastiquement l’utilisation de produits phytosanitaires (-50% d’ici à 2030) sans étude d’impact et sans tenir compte des multiples interdictions récentes de produits jugés les plus impactant pour l’environnement".

"Il ne doit pas y avoir d’interdiction sans solutions", martèle Franck Sander. La filière compte par exemple sur l'arrivée sur le marché en 2023 des betteraves permettant de réduire de moitié le nombre de traitements herbicides (variétés ConvisoSmart), mais aussi sur les nouvelles techniques de sélection génomiques (NBT).