Les prix du blé, de l’orge et du maïs sont en recul, sous l’effet notamment de l’appréciation du dollar cette semaine et de la baisse des prix américains du maïs ; le colza perd aussi quelques euros à la suite du canola canadien et du soja américain.

Nouvel affaissement des prix du blé français cette semaine

Le prix du blé meunier français a chuté cette semaine, à 251,5 €/t rendu Rouen pour l’échéance de septembre (base : juillet). La baisse (–4 €/t) est plus modérée que celle de la semaine dernière (–11,5 €/t). Les prix sont plus bas pour des livraisons sur octobre-décembre, entre 240 et 245 €/t, mais ils ont chuté aussi de 4 €/t depuis la semaine dernière.

Sur le Matif, les prix sont orientés en baisse aussi (–3 €/t environ par rapport à la clôture de vendredi dernier), à 246,75 €/t à la mi-journée pour l’échéance de septembre, et 244,25 €/t pour l’échéance de décembre.

Après les fortes inquiétudes des semaines passées et les grosses difficultés pour remplir les bateaux, cette baisse reflète en partie la fin des opérations de récolte et l’adaptation des opérateurs face aux déboires qualitatifs. Elle reflète aussi la nette remontée de l’euro face au dollar à 1,187 aujourd’hui contre 1,174 la semaine dernière.

En revanche, les prix du blé russe sont en hausse

Au contraire, la baisse du dollar a permis aux blés meuniers américains de se renchérir cette semaine, comme les blés russes par ailleurs. Ces derniers ont gagné 5 $/t : la récolte de blé d’hiver n’en finit pas d’être révisée à la baisse en Russie. Mais elle est partiellement compensée par de bonnes perspectives de rendement des blés de printemps en Sibérie, même si, au total, les disponibilités exportables de la Russie se contractent.

En parallèle, les taxes à l’exportation augmentent dans ce pays avec la montée des prix et cela dissuade de plus en plus les producteurs de vendre. Ce phénomène est à suivre de près car il devrait maintenir les prix russes à un niveau élevé et soutenir les prix européens en conséquence.

Ailleurs dans le monde, l’office canadien des statistiques a publié une première estimation de récolte légèrement supérieure aux attentes : près de 23 millions de tonnes, blé dur compris, au lieu des 22,2 millions que nous estimions auparavant. Néanmoins, cela reste une récolte historiquement basse et un facteur de soutien à terme pour les prix canadiens.

En Argentine, des inquiétudes montent à cause de la possibilité de la mise en place du phénomène La Niña qui pourrait apporter de la sécheresse d’ici à la moisson (décembre-janvier). Toutefois, les pluies récentes et celles qui sont annoncées pour les prochains jours ont été rassurantes dans ce pays et vont permettre aux blés argentins de mieux résister à une éventuelle sécheresse à venir.

La récolte française devra encore être révisée en baisse par rapport à l’estimation d’août du ministère de l’Agriculture et la situation qualitative n’est pas encore complètement claire. Néanmoins, face aux volumes importants de blés à très bas poids spécifique, un marché de blé fourrager s’est mis en place avec des prix qui se situent entre 25 et 30 €/t en dessous des valeurs meunières. Cela devrait soutenir la consommation animale en France.

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Gros achats de blé sur le marché mondial

L’activité sur le marché mondial reste très soutenue. De gros achats ont eu lieu cette semaine : l’Algérie a contracté 460 000 tonnes pour chargement en septembre-octobre. Sur cette période, ce sont probablement les blés européens qui serviront l’Algérie, même si la France a dû avoir recours à des blés allemands pour répondre à des ventes déjà effectuées. Il est possible que les blés français fassent partie des fournisseurs de cet achat algérien car ils apparaissent actuellement moins chers que les blés allemands ou polonais.

Néanmoins, ils sont plus chers que les blés baltes qui risquent quand même d’emporter l’essentiel de cet achat. À noter que l’Algérie a assoupli ses exigences de poids spécifiques pour les blés français à 76 kg/hl au minimum au lieu des 77-78 habituellement requis.

L’Égypte vient d’acheter 180 000 tonnes pour chargement en octobre-novembre. C’est l’Ukraine et la Roumanie qui ont de nouveau gagné l’appel d’offres égyptien mais le blé français figurait de nouveau dans la liste des offres faites à l’Égypte. Le blé français a été offert à 315,85 $/t Fob, alors que les blés roumains et ukrainiens retenus l’ont été entre 304 et 309 $/t Fob.

Les pays du Proche-Orient ne sont pas en reste : l’Iran vient d’acheter 180 000 tonnes de blé russe et la Turquie 300 000 tonnes de blé meunier d’origine optionnelle.

De nouveau, baisse des prix d’orge fourragère, mais hausse des cours brassicoles

Comme en blé, les cotations des orges fourragères ont diminué cette semaine, à 223 €/t rendu Rouen (–9 €/t, base juillet), et 214 €/t Fob Moselle (–7 €/t). Malgré cette chute, les prix français à l’exportation n’ont abandonné que 3 $/t, à 272 $/t Fob Rouen, en raison de la remontée de l’euro face au dollar. Les prix ukrainiens ont chuté aussi (–5 $/t) si bien que les orges françaises demeurent toujours un peu plus chères que les orges ukrainiennes mais de peu (9 $/t seulement).

La France a pourtant continué de charger de l’orge vers la Chine (environ 100 000 tonnes cette semaine) mais les prix français ont été influencés par l’affaissement des prix du blé et du maïs. Cela n’a pas empêché une nouvelle progression des prix brassicoles Fob Creil, à 272,5 €/t, pour les orges de printemps (+9,5 €/t) et 250 €/t (+6 €/t) pour les orges d’hiver.

Cette envolée reflète la tension du bilan européen, mais aussi les graves déboires canadiens, quantitatifs et qualitatifs. La raréfaction du disponible brassicole au Canada va entraîner une forte demande à l’exportation pour les orges européennes.

Le maïs s’affaisse aussi, mais attention à la compétition avec le blé

En ancienne récolte, les cotations encore disponibles se sont envolées Fob Rhin (à 300 €/t, +30 €/t par rapport à la semaine dernière) à la suite de la faiblesse des stocks restants. En nouvelle récolte en revanche, les prix se sont légèrement affaissés (–3 €/t Fob Rhin, à 236 €/t, et –2 €/t Fob Bordeaux, à 222 €/t) dans la foulée de la remontée de l’euro et aussi d’une chute des prix ukrainiens et US.

Le marché mondial est actuellement marqué par deux éléments plutôt baissiers : tout d’abord, les opérateurs américains attendent une révision possible à la hausse de la surface de maïs aux États-Unis à la suite des résultats d’enquête menée par le FAS (agence de service agricole appartenant à l’USDA). En parallèle, les bonnes pluies récentes pourraient faire remonter les estimations de rendements par rapport à la dernière estimation de l’USDA, le ministère américain de l’Agriculture.

La Chine, de son côté, semblerait avoir annulé certains achats ukrainiens de maïs de la nouvelle récolte à cause de la congestion dans les ports chinois et de l’arrivée imminente d’une belle récolte de maïs locale.

En revanche, les déboires sur les infrastructures portuaires dans le sud des États-Unis à la suite de l’ouragan IDA viennent diminuer momentanément la capacité de chargement du pays et cela est plutôt de nature à modérer les baisses de prix en dehors des USA.

Le point clef à suivre dans les semaines qui viennent sera le comportement du maïs par rapport au blé fourrager. En France, le blé fourrager reste assez compétitif face au maïs. En Asie, le maïs est en train de regagner en compétitivité face au blé et l’ampleur du basculement de demande entre les deux céréales sera clef : sauf forte révision en hausse de la récolte de maïs US, le bilan mondial de maïs ne peut guère se permettre de récupérer beaucoup de demande allouée auparavant au blé.

Apaisement des cours sur le marché du colza

Les prix du canola canadien ont connu une forte baisse cette semaine (–47 $/t, à 663,1 $/t à Winnipeg). Malgré la forte baisse de récolte attendue sur l’année, les opérateurs se sont rassurés de la dernière estimation de StatCan qui estime les récoltes à 14,7 Mt, un chiffre un peu supérieur aux prévisions moyennes. Malgré cela, la prudence reste de mise en raison du risque de pertes additionnelles qui pourraient résulter des précipitations excédentaires abîmant les siliques en fin de cycle, et compte tenu de l’incertitude concernant la teneur en huile des graines.

Le marché européen a également été influencé à la baisse par le repli de la cotation du canola canadien. Après avoir atteint un record historique, le prix du colza rendu Rouen s’est légèrement affaissé de 2 €/t sur la semaine (à 579 €/t). Les prix ont aussi diminué en Fob Moselle (–4 €/t, à 583 €/t) et sur le marché à terme d’Euronext (–2 €/t pour l’échéance de novembre). Les nombreuses clôtures de positions sur les marchés à terme ont également contribué au repli des cotations. Les cours du colza ont aussi subi l’influence baissière du complexe soja.

Le léger redressement du prix du pétrole cette semaine consécutif à la réduction de la production de brut US affectée par la tempête Ida n’a pas apporté de soutien au complexe colza.

Le retour des précipitations a pesé sur le prix du soja

Les cours américains de la fève sur l’échéance de septembre ont dévissé de 31 $/t sur la semaine (à 472 $/t) en réponse au retour des précipitations opportunes en fin de cycle. Le marché s’est également inquiété des dégâts causés par le récent passage de l’ouragan Ida laissant entrevoir une diminution des capacités d’exportation sur le fleuve Mississippi, au moins temporairement. Cette situation a été mal accueillie par les opérateurs dans la mesure où le début des récoltes approche à grands pas.

Par ailleurs, certains industriels américains s’attendent à une réduction de d’incorporation de biodiesel, ce qui a rajouté un peu de pression sur les prix. Il est à noter que le contrat de novembre s’est déprécié de façon beaucoup moins marquée (–17 $/t, à 470 $/t). La chute des prix a notamment été amortie par des déclarations de ventes US largement supérieures aux attentes des opérateurs. Un volume de 2,3 millions de tonnes aurait ainsi été vendu sur une seule semaine, dont 1,3 million de tonnes à destination de la Chine.

Le prix du tourteau de soja s’affaisse dans le sillage de la fève

Les prix du tourteau de soja à Chicago ont évolué dans le sillage de la fève en se dépréciant de 21 $/t en une semaine (à 373 $/t). Le prix Fob argentin a suivi cette tendance en cédant 9 $/t sur la semaine (à 387 $/t) du fait du ralentissement des exportations.

Selon les dernières données disponibles de l’institut argentin de l’eau, les niveaux d’eau du Paraná près de Rosario sont actuellement très inférieurs à la moyenne historique en août. Le déficit hydrique devrait perdurer au cours des trois prochains mois, selon ce même institut, ce qui continuera de perturber la logistique.

En revanche, le prix du tourteau de soja à Montoir a retrouvé un peu de couleur cette semaine (+10 €/t, à 400 €/t) en raison du retour à l’achat des fabricants d’aliments qui ont profité de la bonne compétitivité du tourteau face aux céréales.

Par ailleurs, le prix du pois s’est encore apprécié de 7 €/t (à 290 €/t) cette semaine à cause de la mauvaise qualité des récoltes françaises.

Le prix du tournesol grimpe un peu en France mais se replie en mer Noire

Le prix du tournesol français gagne 5 €/t depuis la semaine dernière pour la qualité standard en conséquence d’achats dynamiques (à 520 €/t). Le prix de la qualité oléique s’apprécie lui de 2,5 €/t (à 530 €/t).

En Ukraine, le prix Fob a en revanche cédé 5 $/t (à 555,5 $/t) en réponse à l’afflux des récoltes dans les silos. Les premiers rendements s’annoncent très prometteurs. Les conditions climatiques ont été globalement favorables au développement des tournesols. Malgré une période chaude en juillet, les températures n’ont pas atteint de valeur critique sur de longues périodes. Les pluies sont restées assez abondantes et plutôt bien distribuées. Nous prévoyons la production ukrainienne de tournesol à un niveau record de 16,8 millions de tonnes.

Tallage

À suivre : résultats sur les quantités et qualités des blés dans l’UE, conditions climatiques en Amérique du Nord (soja, maïs), en Europe et en mer Noire (tournesol, maïs), comportement des producteurs russes, ampleur du basculement de demande du blé vers le maïs, réglementation sur les biocarburants aux USA, logistique aux USA et en Argentine.