Partis avant l’aube dans le froid mordant de ce lundi 5 janvier 2026, une cinquantaine d’agriculteurs ont installé un barrage sur l’autoroute A7 au niveau de Chanas, en Isère. Ils devaient être rejoints en fin d’après-midi par des dizaines d’agriculteurs mobilisés pour la journée sur deux autres points de l’A7. « Nous sommes prêts à rester longtemps », prévient Alexandre Fioger, qui a œuvré depuis un mois pour fédérer le collectif asyndical A7 Agri 2.0, rassemblant des agriculteurs du nord de la Drôme et de l’Isère.

Décalage entre les charges et prix de vente

Comme la plupart des agriculteurs présents, ce céréalier de la Drôme s’était mobilisé il y a deux ans. Il a été déçu par des politiques qu’il juge « de moins en moins crédibles ». Sa ferme souffre du décalage entre les charges et les prix de vente : « Avec un potentiel de rendement en blé de 70 quintaux par hectare et un prix de vente de 160 € la tonne, on fait 1 120 € par hectare de chiffre d’affaires, dont 700 € partent en frais de mise en culture, sans parler de toutes les charges fixes… », calcule-t-il.

Ce qui l’a poussé à se mobiliser est avant tout la concurrence déloyale généralisée. « Les normes françaises sont très bien pour protéger le consommateur, sauf s’il achète des produits moins chers qui ne les respectent pas, dénonce-t-il. Consommons ce que nous produisons et n’importons que pour combler les manques. »

Mercosur, trésoreries…

Vent debout contre le traité avec le Mercosur et toutes les importations « déloyales », le collectif a aussi d’autres revendications : maintien du budget de la Pac, mesures d’urgence d’aide aux trésoreries, application stricte de la loi Egalim 2 pour garantir « un revenu décent aux exploitants », arrêt des interdictions de phytos sans alternative à coût égal, suppression de la taxe carbone aux frontières et de celles sur les engrais russes, gestion des nuisibles, révision de la fiscalité… En parallèle de ces doléances « nationales », des demandes locales ont été adressées à la préfecture sur l’irrigation, la gestion du loup, ou encore le curage des fossés.

Inquiétudes concernant la dermatose nodulaire

La gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui a épargné leur secteur, ne figure pas dans les doléances officielles. Mais c’est elle qui a fait sortir de sa ferme Laurent Guironnet. « À quarante-cinq ans, je suis perdu, lâche cet éleveur de vaches aubracs. Au début, j’étais pour la stratégie du gouvernement avec l’abattage total afin d’éradiquer la maladie, mais là on n’y comprend plus rien : il en sort de partout. Ceux qui jouent avec le sanitaire jouent avec notre vie. Mes vaches, c’est ma vie, ma famille… Mon fils a des étoiles dans les yeux quand on fait des concours… Et là, j’ai peur que tout soit saccagé. Après la FCO (fièvre catarrhale ovine) et la DNC, qu’est-ce qui va nous tomber dessus ? »

Celui qui avait cru voir changer les choses il y a deux ans a désormais « l’impression de vivre dans un film d’horreur ». « Tout a basculé : au lieu d’élever l’agriculture au rang de priorité nationale, on la sacrifie dans les échanges avec le Mercosur. » Prêt à se mobiliser durablement sur le barrage, il appelle à un boycott total du Salon de l’agriculture de Paris « pour que les Français comprennent que leur agriculture est au bord du gouffre. »