« Nutrition, environnement, éthique : des vérités et des contre-vérités circulent dans chacun de ces domaines. Bien sûr, la surconsommation existe et ne se cantonne pas qu’à la viande », explique Anne Mottet, chargée des politiques d’élevage à la FAO.

« L’impact environnemental de l’élevage peut être réduit et des progrès restent à faire en matière de bien-être animal, poursuit-elle. Mais quand on parle de remplacer les produits animaux par des alternatives végétales ou synthétiques, je perçois aussi d’importantes opportunités d’investissement, avec des entreprises qui ont tout intérêt à voir leurs idées progresser dans l’opinion publique. Dans nos prospectives, le scénario projetant la fin de l’élevage soulève de nombreux problèmes, autant sur les aspects nutritionnels, environnementaux que sociétaux ».

Lutter contre la faim

« À l’horizon de 2050, même en tablant sur la simulation la plus optimiste et durable, la population mondiale aura besoin de davantage de ressources, dont 29 % de viande en plus, précise Anne Mottet. C’est dans cette logique que nous devons réfléchir, d’autant que les estimations actuelles montrent que plus de 600 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. Un nombre inacceptable et préoccupant alors que l’un des objectifs de développement durable vise à y mettre un terme d’ici à 2030.

Autre constat qui se perd parfois dans le débat public et politique : les pays affichant les retards de croissance les plus importants sont ceux où la consommation de viande est la plus faible. Il est vrai qu’une certaine compétition entre alimentation animale et humaine s’opère. Mais à l’échelle du globe, la majorité des produits consommés par les animaux d’élevage ne sont pas comestibles par les humains. L’ingestion animale, qui concentre 6 milliards de tonnes de matière sèche par an, se compose de 46 % d’herbe pâturée et de fourrages, 19 % de résidus de cultures et 8 % de cultures fourragères. Les céréales, cultivables pour l’alimentation humaine, représentent 13 %. »

Tissu économique

« Concernant l’exploitation des terres, on estime que les trois quarts des terres utilisées par l’élevage sont des prairies, dont près de deux tiers ne sont pas convertibles à d’autres usages, indique la chargée des politiques d’élevage à la FAO. Des efforts restent à fournir dans la gestion du gaspillage et des pertes issus des systèmes de production. Mais en termes d’efficience nette, il est important de tirer parti des ressources animales qui contribuent à la sécurité alimentaire.

Sur le volet économique, l’élevage participe à la croissance et à la réduction de la pauvreté, d’autant plus dans les pays à niveaux de revenus bas ou intermédiaires. Selon les régions du monde, la part de l’élevage dans le produit agricole brut pèse 20 à 40 %. C’est aussi un secteur qui joue un véritable rôle tampon en termes de régulation des crises de marchés ou d’incidents climatiques.

En outre, peu de secteurs économiques peuvent se targuer de séquestrer du carbone dans les sols. L’agriculture et la foresterie sont les seuls, et les prairies présentent le potentiel le plus élevé. Ces réalités méritent d’être portées auprès du public. De plus en plus d’éleveurs l’ont compris et communiquent sur les cobénéfices rendus par l’élevage. C’est un bon signe et il faut les encourager. »

Propos recueillis par Lucie Pouchard

(1) Organisation des Nations unies pour l’alimentation­ et l’agriculture.