Selon ses projections du début de 2026, Sénalia, opérateur portuaire à Rouen, devrait exporter 3,8 millions de tonnes de céréales (blé tendre et orges) sur la campagne de commercialisation de 2025-2026. « Nous revenons donc sur des volumes que nous avons connus il y a deux et trois ans (4,2 millions de tonnes en 2023-2024 et 3,8 millions de tonnes en 2022-2023) après le 1,8 million de tonnes de 2024-2025, a présenté Alain Chavillat, directeur des céréales à l'exportation le 9 janvier 2026. Et nous nous rapprochons des 25 % d’export français de céréales par voie maritime. »

Avec ses faibles volumes, la campagne de 2024-2025 a conforté l’intérêt des activités de diversification de Sénalia, qui lui permettent de compenser la fluctuation du segment de l'exportatiion de céréales. La part du chiffre d’affaires global (43 millions d’euros) de ce dernier a régressé de 53 à 43 % en un an, contrairement à celle des activités de logistique agro-industrielle qui est passée, entre 2023-2024 et 2024-2025, de 40 à 49 %. L’entreposage a, quant à lui, représenté 8 % du chiffre d’affaires de l’exercice.

Bonne dynamique pour les orges

« Dans les grandes masses, nous exportons 60 % de blé tendre et 40 % d’orges, majoritairement fourragères, mais à l’heure actuelle, nous vendons pratiquement autant d’orges que de blé, a observé Alain Chavillat. La multidestination explique en partie cette embellie pour l’orge, avec d’abord la Chine cet été, puis l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Jordanie et tout récemment, l’Irak. Grosso modo ces dernières années, les orges françaises partaient en Chine et les orges australiennes en Arabie Saoudite. Maintenant que les relations entre la Chine et l’Australie se sont apaisées, les destinations se sont inversées. »

En blé, les destinations majoritaires de Sénalia sont le Maroc, puis l’Afrique de l’Ouest et la Tunisie. Sur la deuxième partie de campagne, la bonne collecte en Argentine devrait concurrencer les céréales françaises. « Mais les premiers retours qualitatifs ne sont pas très bons. Nous avons donc quand même des chances de continuer à être compétitifs, a estimé Alain Chavillat. Ce qui est crucial car c’est le Maroc qui va nous permettre de moduler le bilan. »

Massification du transport

Comme à chaque faible campagne, l’Hinterland (1) du port de Rouen s’est resserré, « chaque opérateur privilégiant les débouchés locaux », explique Sénalia. Un resserrement « peu propice aux transports massifiés [ferroviaire et fluvial] qui se maintiennent néanmoins à 41 % ». Dans le détail, 25 % des marchandises sont arrivées par la voie fluviale en 2024-2025, contre 36 % l’année précédente, et 16 % y ont été acheminées par train, contre 12 % en 2023-2024.

« On a un renchérissement de la partie ferroviaire, ce qui fait plutôt figure d’exception en France, a noté Alain Chavillat. En revanche, on constate une perte de compétitivité de la partie fluviale, liée à un manque de cales disponibles. Car sur des années comme 2024-2025, les bateliers sont tentés de quitter le bassin de la Seine pour retrouver une activité plus régulière sur les canaux du Nord. Du fait des transferts plutôt coûteux, avec des remorqueurs qui suivent la côte en l’absence du canal Seine-Nord Europe, ils reviennent difficilement l’année suivante. »

À ce sujet, ce grand projet permettant de relier le bassin de la Seine aux canaux du nord de l’Europe pour les bateaux de grands gabarits est attendu pour 2032. Le nouveau directeur général de Sénalia, Philippe Lestrade, a indiqué suivre le dossier « de près » et avoir « l’intention d’y participer » avec une présence dans un des ports du canal.

(1) Zone de production des céréales qui arrivent au port de Rouen pour y être exportées.