Nos assiettes vont-elles encore fleurer bon la France dans quelques années ? Il est coutume d’analyser notre place sur le marché international, et donc notre compétitivité, à l’aune des performances à l’exportation. Logique : la compétitivité s’apprécie facilement sur la capacité à placer nos produits à l’étranger, face aux concurrents. La situation actuelle de la France au milieu des flux de produits agricoles et alimentaires incite pourtant à se pencher un peu plus sur les importations (lire à la Une page 16). D’autant que les chiffres encore flatteurs d’exportations réalisées dans le secteur des vins masquent une réalité plus difficile à avaler : l’érosion de l’excédent commercial agricole, divisé par deux entre 2011 et 2017, qui s’explique surtout par le doublement des importations depuis le début des années 2000.

Comme le révèle le rapport sénatorial présenté le 28 mai, près d’un fruit et légume sur deux consommés en France est aujourd’hui importé. Si l’on avait l’habitude de subir les assauts espagnols, le fait nouveau nous vient de Pologne ; les pommes arrivent à Rungis à des prix deux à trois fois moins chers. Douloureux réveil qui voit des pays pas si éloignés et membres de l’Union européenne nous déstabiliser sur des produits phares. Sont cités en vrac des coûts de main-d’œuvre de 75 % moins élevés, des aides européennes incitatives, ou encore des règles de production et de marquage peu regardantes mais qui rentrent finalement dans les clous des standards de l’UE. Dans un registre similaire, les blancs de poulets ukrainiens, qui arrivent dans l’UE sous la mention « autres découpes de poulets non désossés », se faufilent avec aisance dans les réglementations en vigueur. On ne saurait, non plus, passer sous silence l’entrée de jambons bio d’Espagne. Des marchés en croissance, réputés porteurs de valeur ajoutée parce qu’assis en théorie sur des cahiers des charges rigoureux, sont ainsi croqués par nos voisins.

La France se donne-t-elle les moyens de défendre une stratégie de démocratisation de la qualité ? La nature des appels d’offres dans la restauration hors foyer ramène vite à la réalité pour distinguer les effets d’annonce - « toujours plus de bio » - des conditions de marché.

La « montée en gamme », très souvent évoquée par les pouvoirs publics comme planche de salut pour les agriculteurs, ne peut ignorer que le « moyen de gamme » est au cœur de notre indépendance alimentaire. Ce que les accords de libre-échange, conclus ou en voie de l’être, seraient bien inspirés d’intégrer.