Pourquoi dit-on de vous que vous êtes autant un homme de la mer que de terroir ?

Yannick Bestaven : Ce qui est certain, c’est que j’aime la bonne nourriture ! Je viens du Sud-Ouest, ma famille a élevé des cochons, des canards, elle produisait du foie gras, des confits… Ça m’a rendu épicurien. Tous les oncles et les tantes de mon père étaient agriculteurs dans le Béarn, près d’Orthez, à Arzacq. Quand j’étais jeune, mes parents m’envoyaient à la ferme durant les vacances. Je faisais les foins, la traite des vaches, je vivais dans la ferme et j’ai adoré !

J’ai appris à conduire sur un tracteur, avant d’avoir le permis de voiture. Je travaillais avec mon oncle, un bel homme, très costaud, il m’impressionnait, il avait un peu la tête d’Yves Montand. Et je le voyais bosser de 5 heures à 21 heures, hiver comme été. Il n’a jamais rechigné au travail. Il a été un modèle pour moi… C’est sûrement ce qui m’a valu de devenir « un homme de terroir ».

Quel a été votre premier repas après votre arrivée le 28 janvier 2021 aux Sables-d’Olonne ?

Un poulet frites évidemment (rires).

Comment s’est passée votre rencontre avec votre sponsor, Maître CoQ ?

J’ai un peu provoqué le destin. J’ai d’abord acheté un bateau et monté mon projet, avant d’avoir un sponsor. Maître CoQ était déjà dans la voile depuis plusieurs années, mais il recherchait un nouveau skipper. J’ai rencontré ses dirigeants, nous avons parlé du bateau, de ma vie professionnelle et familiale. Je leur ai aussi présenté des prévisionnels très détaillés, mois après mois, pour les quatre années à venir. Ça les a rassurés.

« De la même façon qu’on ne devient pas skipper par hasard, on ne devient pas agriculteur par hasard. »Yannick Bestaven

Les éleveurs de Maître CoQ ont-ils pu vous accompagner au cours de votre périple ?

S’il n’y avait pas eu le confinement, nous les aurions entendus dès le chenal d’arrivée ! Lors de la précédente édition du Vendée Globe, ils avaient monté des panneaux sur des bottes de foin sur le bord des routes. Ils sont à fond. J’ai eu la chance d’aller chez certains d’entre eux avant mon départ, j’ai aussi pu échanger avec quelques-uns pendant la course, lors de réunions organisées une fois par semaine avec des collaborateurs de Maître CoQ. J’ai reçu un formidable soutien.

Yannick Bestaven est accompagné depuis 2018 par Maître CoQ (977 éleveurs), branche vendéenne du volailler sarthois LDC. © Maître Coq

Vous avez été interpellé par des médias sur la question du bien-être animal à votre retour. Vous vous y attendiez ?

J’avais été formé sur le sujet, et je sais en plus de quoi je parle. J’ai vu le travail qui était réalisé au sein des entreprises de Maître CoQ et des élevages, en faveur du bien-être animal. C’est vrai qu’on en entend beaucoup parler, et c’est très bien ! Cela permet aussi de parler des avancées réalisées en la matière.

Ce sont des critiques difficiles à entendre. Que répondez-vous aux détracteurs de la profession agricole ?

J’explique que j’ai rencontré des gens amoureux de leur terre et de leurs animaux. De la même façon qu’on ne devient pas skipper par hasard, on ne devient pas agriculteur par hasard. La très grande majorité des éleveurs sont des gens passionnés.

J’ai vu des jeunes, recourant à des techniques d’exploitation ultramodernes. J’ai aussi rencontré, près de Vichy dans l’Allier, des éleveurs qui avaient installé des ruches au sein de leurs élevages de volailles. Les poulets mangeaient les frelons asiatiques dont les abeilles étaient victimes. Génial !

Vous aimez aussi innover, vous avez même inventé l’hydrogénérateur. De quoi s’agit-il ?

C’est un peu comme les dynamos d’autrefois sur les vélos. La vitesse de l’eau coulant sur la carlingue du bateau fait tourner une hélice qui produit de l’énergie et recharge les parcs de batteries. Avec mon entreprise Watt & Sea, créée en 2009, j’équipe les bateaux de course et ceux de plaisance.

Sur le Vendée Globe, tous avaient un hydrogénérateur, ce qui m’a valu d’être assistant technique à l’occasion. Je suis ingénieur de formation comme de plus en plus de skippers. Ça aide à bord pour survoler tous les métiers essentiels à la navigation : l’hydraulique, l’électricité, la résistance des matériaux… Il faut savoir faire un peu tous ces métiers, comme un agriculteur.

Propos recueillis par Rosanne Aries