« Ça n’est pas facile de se montrer dans le boulot. » Pour Régine Rezeau, la marche était haute. Pourtant, l’agricultrice de 58 ans a l’habitude de prendre la parole en public. Elle est maire de la commune de Sepmes, dans l’Indre-et-Loire, où elle élève, avec son mari, Alain, 55 vaches laitières. Mais quand la chambre d’agriculture du département l’a prévenue, « nous allons vous filmer sur votre exploitation, pour vous aider dans votre transmission », même pour Régine, la question de la caméra s’est posée. Elle en sourit aujourd’hui, car si elle n’aime pas se revoir, dit-elle, la transmission de leur ferme est en bonne voie. Et le départ à la retraite, au début de 2021, pour elle et son mari, semble à nouveau envisageable. « La vidéo a considérablement accéléré nos démarches. Ça a fait gagner du temps à tout le monde. »

Le RDI « pas suffisant »

Cela fait environ trois ans que le couple Rezeau planche sur la cession de son exploitation et de sa maison. Face à la difficulté de l’entreprise, « nous avons même pensé à un moment recourir à un agent immobilier, pour une démarche plus offensive ». Mais Régine n’aimait pas l’idée d’un intermédiaire, « alors, on y a renoncé ».

Quand la chambre d’agriculture de l’Indre-et-Loire et la communauté de communes de Loches Sud Touraine ont décidé la mise en place d’un plan d’actions en faveur de la transmission, le couple a ainsi tendu l’oreille. « On s’était inscrit au RDI, le répertoire départ installation. Mais on s’est rapidement rendu compte que ça n’était pas suffisant. »

Tournage sur une journée

Parmi les actions lancées, la chambre d’agriculture teste depuis quelques mois la transmission par vidéo. En clair, elle propose aux agriculteurs de venir les filmer sur leur exploitation puis de diffuser la vidéo sur sa page Facebook. « Nous avons commencé par deux exploitations laitières, l’une en caprin et l’autre en bovin, celle des Rezeau », explique Mathilde Joubert, de la chambre d’agriculture de l’Indre-et-Loire.

Le tournage se déroule sur une journée. « Ça s’est très bien passé, se souvient Régine Rezeau. L’équipe nous a mis à l’aise. » L’institution a fait appel à un prestataire extérieur, dont la priorité est « de faire ressortir l’humain, décrit Mathilde Joubert. Nous avions vu aupravant des vidéos focalisées sur l’exploitation : il nous paraissait essentiel, de notre côté, d’apporter un côté plus humain ».

3 minutes 50 pour convaincre

Alain et Régine Rezeau donnent à voir au-delà de leur exploitation physique : en 3 minutes et 50 secondes, ils expliquent le choix de leur système, leur conception de la vie professionnelle, leur organisation et même le contexte, les services administratifs notamment de la région. Le film a été tourné en mai 2018, puis diffusée en juin, sur la page Facebook de la chambre d’agriculture : « Nous avons eu tout de suite beaucoup de vues et de partages », commente Régine Rezeau.

La vidéo totalise 17 000 vues et 250 partages. « Dès le départ, nous avons eu quelques contacts intéressants », poursuit Mathilde Joubert. La chambre d’agriculture fait l’intermédiaire, elle reçoit les demandes et met en lien les cédants et repreneur. Le prix de l’exploitation n’est pas transmis sur la vidéo. « Nous communiquons une échelle de prix par la suite. Sans les résultats économiques, ça ne veut rien dire », soutient Mathilde Joubert.

Une procédure accélérée

Et cela ne semble pas avoir rebuté Corentin. Huit mois après le lancement de la vidéo, il a contacté la chambre d’agriculture. « Il ne faut pas craindre ce temps de réflexion. Le candidat en a eu besoin. Pour lui, c’est un changement de vie professionnelle et de région. » L’affaire est sérieuse puisque le jeune homme, originaire du Nord, viendra pour la troisième fois cet été.

« La première fois, nous l’avons reçu un week-end. Au départ, ça fait bizarre, on se demande un peu comment ça va se passer. Lui était plus à l’aise que nous finalement parce qu’au fond il savait comment on travaillait et qui on était. La vidéo permet de cibler les contacts et d’accélérer les échanges. On est allé assez vite à l’essentiel. Et ça n’est pas plus mal », note Régine. La transmission est aujourd’hui en bonne voie.

Une transmission à la clé

Dans le même temps, un autre film a été tourné dans un élevage caprin. Rendue publique en février 2018, la vidéo a reçu 12 000 vues, 320 partages et d’emblée des contacts très sérieux. Tellement sérieux que l’installation d’un jeune s’est faite en avril, quatorze mois après le début de la diffusion de la vidéo.

Face à ces résultats, la chambre d’agriculture en collaboration avec la communauté de communes de Loches Sud Touraine et la Région prévoient de tourner une dizaine de nouvelles vidéos cet été. Il reste à en trouver, à l’avenir, le financement, à hauteur de 2 000 euros chacune. Les agriculteurs ou leur coopérative pourraient bien être sollicités.

Rosanne Aries