Le garage de ses parents a toujours abrité des motos. Adolescente, Stéphanie Bouisson parcourait les champs de l’exploitation familiale sur ces engins pétaradants. Sa toute première bécane, une Yamaha PW50, elle l’a trouvée au pied du sapin, la veille de Noël, l’année de ses cinq ans.

« Mon père et ma mère, qui cultivent des légumes bio à Maillane (Bouches-du-Rhône), n’ont jamais fait de différence entre mon frère et moi », se félicite cette trentenaire aux cheveux blonds comme les blés. Dans sa famille, la moto est une passion. Tout le monde la pratique, y compris Mireille, sa mère, qui dit de sa fille : « C’est une battante. »

Victorieuse du GS Trophy en Afrique du Sud

À seize ans, permis en poche, l’adolescente intègre le club de Villeneuve-lès-Avignon (Gard), où elle découvre l’enduro. Cette discipline consiste à réaliser un parcours chronométré et semé d’obstacles. Les montées d’adrénaline durant les courses, le dépassement de soi et le plaisir de se retrouver seule en pleine nature la poussent à se lancer dans la compétition.

À vingt-deux ans, en 2007, Stéphanie se classe troisième au championnat de France sur son bolide de prédilection, une Yamaha 250 WRF. Au prix de nombreux entraînements, elle a appris à dompter ces 110 kg de ferraille. « Heureusement, j’ai des grandes jambes, ça m’a souvent évité les chutes », sourit la jeune femme du haut de son 1,74 mètre.

« Sans mes parents, je n’aurais pas accompli ce parcours. »

Le sélectionneur de l’équipe de France ne tarde pas à la repérer. Il l’enrôle, ainsi que deux autres enduristes, pour former la première équipe féminine bleu, blanc, rouge et concourir aux championnats du monde au Chili. Les trois motardes montent sur la seconde marche du podium. Deux ans plus tard, elles deviennent championnes du monde au Portugal.

En individuel, Stéphanie accumule les trophées, dont celui du rallye des Aïcha des Gazelles au Maroc, qu’elle gagne en 2012. Son plus bel exploit reste le GS Trophy, remporté en 2015 en Afrique du Sud sur une cylindrée de 260 kg, à raison de 130 à 150 km quotidiens pendant dix jours.

« Tout se joue dans le mental »

« Quand on est une femme, tout se joue dans le mental », insiste la championne. Aujourd’hui maman de deux enfants, elle a stoppé la compétition en 2016. « Sans mes parents, je n’aurais pas accompli ce parcours, dit-elle. Afin de m’accompagner, ils ont même investi dans un camping-car. »

Accent chantant, elle a quitté sa Provence natale pour s’établir avec son époux en Aveyron, où elle encadre la section sport études option moto au bac, du lycée agricole François-Marty à Monteils. Les jeunes qui suivent cette filière, classée site d’excellence sportive, pratiquent treize heures de moto par semaine. Entraînés par leur supercoach, ils se sont distingués dans plusieurs compétitions. De futures graines de champion.

Chantal Sarrazin