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Deux ans après, le compte n’y est toujours pas

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Partage de la valeur - Deux ans après, le compte n’y est toujours pas
La répartition de la valeur a fait l’objet d’un nouveau bras de fer entre producteurs, transformateurs et distributeurs lors des négociations commerciales annuelles. © Gutner archive

Les promesses de la loi Alimentation d’une meilleure rémunération des producteurs se font attendre. La politique des petits pas exaspère le monde agricole. Il faut aller plus loin pour mieux répartir la valeur. C’est urgent !

Que s’est-il passé depuis la fin des États généraux de l’Alimentation, fin 2018 ? Si « les lignes ont bougé », les producteurs considèrent que les avancées se font trop attendre. Ces derniers mois, la guerre des prix a bel et bien fait son retour, exacerbée par la crise du Covid et les demandes de déflations sur les prix, malgré la hausse des coûts de production. S’il est encore trop tôt pour faire le bilan des négociations commerciales, les relations entre agriculteurs, transformateurs et distributeurs sont restées très tendues jusqu’à la date butoir de signature des accords, ce 1er mars 2021.

« Il semble qu’il y ait eu des efforts de fait en dernière ligne droite », assure Serge Papin, l’ancien patron de Système U, missionné par le ministre de l’Agriculture pour travailler à nouveau sur la répartition de la valeur dans les filières. Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), le confirme en annonçant des prix en hausse sur le lait, les œufs et la volaille.

De nouveaux petits pas

Si Emmanuel Macron semble avoir fait du partage de la valeur l’une de ses priorités avant l’échéance de 2022, force est de constater qu’il va encore falloir attendre pour avoir des résultats. Et cela, même si Serge Papin a déjà rouvert le chantier. « L’outil de transparence est en test pour la filière laitière, les consultations par le tiers de confiance ont commencé », confie-t-il.

Pour travailler sur la pluriannualité des contrats, la Commission d’examen des pratiques commerciales (CEPC) a été mandatée par la DGCCRF (1). « Beaucoup d’acteurs ne veulent rien changer, mais il faut être conscient que si on ne change pas les mé­thodes, on n’y arrivera pas. Les mêmes effets produisent les mêmes résultats… », alerte Serge Papin. Et d’ajouter que si cela est nécessaire, le président de la République est prêt à en passer par la loi pour ajuster la loi de modernisation de l’économie (LME) et permettre une meilleure prise en compte des indicateurs.

En réponse, Jacques Creyssel assure « être favorable au triptyque plus de contrat, plus de pluriannualisation et plus de transparence », mais que « cela ne nécessite pas la loi ». Il pointe du doigt les « contrats de premier niveau » entre les producteurs et les industriels, qui ne sont pas toujours mis en œuvre et qui, pour les deux tiers d’entre eux, ne comportent pas les indicateurs.

> À lire aussi : Pour le patron de Lidl, la pression que met Julien Denormandie ne suffit pas (28/01/2021)

Créer de la valeur

Afin de créer de la valeur pour l’agriculteur, distributeurs et transformateurs suggèrent de se tourner vers le consommateur final. « L’alimentation n’est pas un produit comme un autre. Nous sommes en déflation depuis sept ans et cela ne peut plus durer », revendique Catherine Chapalain, directrice de l’Association nationale des industries agroalimentaires (Ania).

Elle évalue qu’une augmentation des prix du niveau de l’inflation générale représenterait un surcoût de 1,50 € par mois et par ménage : « C’est franchement symbolique. Est-ce que cela ne vaut pas le coup ? » Pour Jacques Creyssel, « c’est très compliqué si on ne répartit que la valeur existante ». Selon lui, créer de la valeur, ce n’est pas augmenter les prix à la consommation, mais plutôt déplacer la consommation sur des segments à valeur ajoutée.

Des ajustements peuvent aussi être réalisés, toujours selon lui, sur les produits « hors sol » comme le Coca zéro. L’équation du « juste prix », acceptable pour le consommateur et loyal pour le producteur, n’a pas encore été trouvée.

Marie Salset

(1) Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

Miser sur la valeur sociale, à l’exemple du modèle de la marque « C’est qui le patron ? »

Et si la solution était le consommateur ? « Il n’y a pas d’engraissement des distributeurs et des industriels sur le dos des agriculteurs, estime Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution. La question est plutôt de trouver comment faire accepter à celui qui est en bout de chaîne de payer plus cher et ensuite faire remonter la valeur de manière organisée dans les cours de fermes. » C’est ce que propose la marque C’est qui le patron ? (CQLP), dont Olivier Dauvers est administrateur et qui référence désormais près de 30 produits : « Cette marque a montré que le social est une vertu que le consommateur peut payer. » Pour son produit emblématique, le lait, elle a atteint un volume de vente de 1,5 million de litres par semaine, soit 3 % de la consommation des Français. « CQLP est trop petit par rapport à l’enjeu agricole, explique-t-il. Il faut changer d’échelle. C’est pourquoi nous avons décidé d’ouvrir le cahier des charges à qui le veut. » Un distributeur ou un transformateur pourra ainsi utiliser le cahier des charges, qui fixe notamment le prix de vente et la rémunération du producteur pour un produit ou un ingrédient donné, et apposer le logo CQLP sur son emballage. « Et en échange, nous demandons à vérifier la rémunération du producteur », précise l’administrateur.

© Claudius THIRIET
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Cet article est paru dans La France Agricole

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