« On veut nous faire payer notre modèle d’agriculture que nous mettons en avant », assure Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, à la sortie de l’audience. Le syndicat est poursuivi ce mardi 7 septembre 2021 devant le tribunal du Mans par les SCEA de Cohon et Monsterleet, pour une action de 2018 qui dénonçait les dérives de la méthanisation. Aujourd’hui, le syndicat n’a pas changé de position et compte bel et bien poursuivre son combat.

Pour « un moratoire sur la méthanisation »

« On a la même approche qu’en 2018 sur la méthanisation, insiste Nicolas Girod. Car on pourrait croire qu’il y a de nouvelles restrictions, mais le cabinet de Barbara Pompiliministre de la Transition écologique – est dans l’incapacité de contrôler les débordements. »

« C’est le cas avec le plafond des 15 % pour les cultures principales qui est beaucoup trop élevé et pas toujours respecté, poursuit-il. Il suffit de déclarer une première culture de céréales à la Pac, de la faire très vite et de la donner aux animaux, puis de planter un maïs qui sera mis dans sa totalité dans le méthaniseur. C’est du gaspillage. »

En 3 ans, le syndicat dit constater des dérives dans les différents projets qui émergent partout en France. L’accaparement du foncier est notamment cité, mais également la gestion des digestats, les risques technologiques, ou encore l’enjeu de transmission des fermes.

C’est la raison pour laquelle « on demande un moratoire, scande Nicolas Girod. On ne demande pas d’arrêter bêtement et méchamment la méthanisation, mais aujourd’hui, on est en incapacité de réfléchir à une méthanisation qui répond vraiment aux objectifs sans mettre en danger la souveraineté alimentaire et la solidarité entre paysannes et paysans. »

Ce moratoire servira à « se poser un peu, à mettre le développement des méthaniseurs entre parenthèses. On regardera les intérêts, les défauts et ensuite on les développera. Là, on a la sensation d’avoir la tête dans le guidon. Comme elle est faite aujourd’hui, la méthanisation n’a que très peu de sens. »

Au début de janvier 2021, la Confédération paysanne réclamait déjà un moratoire à Barbara Pompili. Mais c’est une fin de non-recevoir qu’avait reçu le syndicat.

Devant les juges

Cette audience fait suite à une « manifestation de 2018, coorganisée par la Confédération de l’Orne et la Confédération nationale sur un tas de maïs, qui était en train de pourrir à l’endroit d’un projet de méthanisation », rappelle Nicolas Girod.

Le 20 décembre 2018, près de 80 agricultrices et agriculteurs menaient une action, « pacifique », selon le porte-parole, sur un site appartenant aux SCEA de Cohon et SCEA Monsterleet, situé dans la commune du Chevain, dans la Sarthe.

« Cette manifestation pointait l’utilisation de surfaces agricoles — ici le maïs — et l’accaparement des terres sur le secteur d’Alençon par les deux sociétés », précise le communiqué de presse de la Confédération paysanne publié ce mardi après-midi.

Aujourd’hui, « ils nous reprochent des intrusions sur une propriété privée, la destruction d’un portail et des dégradations sur site qui ont entraîné des travaux de réparation, poursuit Nicolas Girod. Au début de la procédure, on nous réclamait 350 000 euros de dommages et intérêts. Aujourd’hui, ils veulent 175 000 euros, c’est inadmissible ! »

Le porte-parole l’affirme : « On assume le fait d’avoir organisé une manifestation. On voulait communiquer sur la dérive de la méthanisation. Mais en aucun cas, on a incité nos paysannes et paysans à dégrader le site. C’est donc hors de propos de vouloir nous en faire assumer les conséquences. »

Une position que la Confédération paysanne espère voir suivre par la justice le 19 octobre prochain, jour du délibéré. L’occasion pour le syndicat de mener de nouvelles actions pour continuer de porter le débat de la méthanisation. « On va repartir en avant, repartir à la charge de nos ministères, et pourquoi pas auprès de parlementaires », espère Nicolas Girod.

Oriane Dieulot