Le mardi 11 janvier 2022, Michel-Edouard Leclerc annonçait qu’il bloquait le prix de la baguette de pain à 0,29 euro pendant six mois dans l’ensemble de ses magasins : un « symbole » pour rassurer les consommateurs, justifiait-il dans son blog.

Un prix « cassé » qui ne rémunère pas la filière

Cette annonce a aussitôt provoqué la colère de la FNSEA et de la filière des céréales, de la meunerie et de la boulangerie (1), qui dénoncent une posture « démagogique et destructrice de valeur » dans un communiqué commun le 12 janvier 2022. D’autant plus qu’elle arrive juste après la révision de la loi Egalim 2 pour la protection de la rémunération des agriculteurs et pendant les négociations annuelles entre producteurs et distributeurs.

Alors que le prix moyen de la baguette était de 0,90 euro en 2021 selon l’Insee, que les cours du blé et les coûts de production progressent, « qui peut en vivre dignement et sur quels produits les magasins Leclerc compenseront cette vente ? », interrogent les fournisseurs.

Pour autant, la Coordination Rurale et sa section spécialisée France Grandes Cultures (FGC) « ne s’inquiètent pas pour les céréaliers », car le prix du blé dans une baguette n’excède pas 5 centimes, soulignent-ils. Leur crainte est pour les boulangers des zones rurales « directement menacés par cette action purement de marketing ». Aussi rappellent-ils l’importance de « mobiliser des outils d’encadrement ou de régulation » de la loi Egalim 2 pour des prix rémunérateurs.

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Une « polémique nulle », selon M.-E. Leclerc

Une baguette vendue pas assez cher ? Dans son blog du 14 janvier 2022, M.-E. Leclerc répond à la « polémique » : « Ça fait plus d’un an que la baguette blanche de premier prix est vendue (sans problème) entre 0,24 et 0,32 € dans les centres E. Leclerc », et ce « sans que la FNSEA n’y trouve à redire », se défend-il, tout en ironisant sur des « donneurs de leçons des quartiers chics qui méconnaissent les prix dans nos supermarchés de banlieue et de province ».

Sur le coût matière, « environ 14 % du prix de vente », selon lui, il n’y a « pas de quoi s’affoler » : « Même si le blé augmentait de 30 %, l’impact sur le prix de vente de cette baguette serait de un centime » et « on rognera sur nos marges », rétorque-t-il.

Sophie Bergot

(1) FNSEA, AGPB, Intercéréales, Association nationale de la meunerie française et Confédération nationale de la boulangerie.