Alors que l’examen à l’Assemblée nationale de la proposition de loi visant à « protéger la rémunération des agriculteurs » et à renforcer la loi Egalim débute ce 15 juin 2021, les chiffres ne sont toujours pas bons. Les données de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires (OFPM), publiés ce même jour, montrent à nouveau que la filière des bovins viande n’a pas couvert ses coûts de production.

À lire aussi : Négociations commerciales : La proposition de loi pour renforcer les Egalim est dans les tuyaux (15/04/21)

Fortes disparités

Pour 2020, la rémunération des naisseurs atteint 0,8 Smic, les naisseurs-engraisseurs de jeunes bovins dégagent 1 Smic et les naisseurs-engraisseurs avec cultures seulement 0,6 Smic. Pour les producteurs de veaux, la rémunération permise est de 1,3 Smic en léger retrait par rapport à l’an dernier. « Cela fait 10 ans que dans le modèle des races allaitantes, nous sommes très loin du compte », a constaté Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire.

Entre 2010 et 2020, certaines filières ont connu « des bonnes et des mauvaises années », comme la filière porcine, les céréales et dans une certaine mesure les produits laitiers, alors que le secteur de la viande bovine allaitante n’a jamais rémunéré correctement ses producteurs, analyse Philippe Chalmin.

Coûts de production atteints pour certaines filières

Les calculs de l’OFPM sont basés sur une rémunération objectif de deux Smic bruts.

Sur cette base, le coût de production du porc pour 2020 est de 1,51 €/kg pour un prix de vente perçu par les producteurs de 1,56 €/kg, en baisse de 6 % par rapport à 2019.

Les éleveurs de porcs ont donc eu la possibilité de se rémunérer au moins jusqu’à deux Smic en 2020. Ce qui n’était pas le cas en 2018. Il est également à craindre que la forte hausse des coûts d’aliments, initiée depuis le début de l’année, pénalise les revenus en 2021.

Pour les producteurs de blé, le coût de production pour 2020 s’établit, selon l’OFPM, à 193 €/t pour un produit du blé + aides de 204 €/t. Les producteurs ont donc pu se rémunérer à hauteur de 1,1 Smic net (base de calcul de l’observatoire Arvalis-Unigrains), tout en gardant une marge de 11 €/t.

Pour les éleveurs ovins, la rémunération est stable par rapport à 2019. Les résultats permettent d’atteindre une rémunération de :

  • 1 Smic pour les systèmes fourragers et herbagers en zone pastorales ou de montagne :
  • 1,2 Smic pour les systèmes herbagers en zones de plaines ou herbagère ;
  • 1,6 Smic pour les systèmes pastoraux.

Pour les producteurs laitiers, la rémunération permise est inférieure à 1 Smic pour les filières de lait de montagne (hors producteurs des filières à haute valeur ajoutée de l’Est) et juste en dessous de 2 Smic pour les producteurs de lait spécialisé en plaine et de lait et cultures de ventes.

Industriels et grande distribution scrutés

Du côté des industriels, pour la filière viande le résultat courant avant impôt s’est légèrement amélioré en 2020, « mais reste modeste » analyse Philippe Chalmin. Pour la filière laitière, l’Observatoire classe les industriels en quatre catégories : les entreprises laitières multi-produits, les entreprises productrices de produits de grande consommation (PGC), celles qui fabriquent des fromages, et celles qui produisent du beurre et de la poudre, notamment des laits infantiles. Leur bénéfice (EBITDA) se situe entre 6 et 7 %, sauf pour les entreprises laitières productrices de PGC dont le bénéfice est plus faible à seulement 2,3 %.

Les chiffres 2019 de la grande distribution (ce sont les derniers disponibles) sont en légère hausse par rapport à 2018. Pour l’ensemble des rayons alimentaires frais, la marge nette rapportée au chiffre d’affaires ressort à 2,5 % avant impôt. Elle est en hausse de 1,8 % par rapport à 2018. Les rayons boucherie, boulangerie et marée sont déficitaires, alors que les rayons charcuterie, volailles sont largement bénéficiaires, comme les années précédentes.

Marie Salset