Les acteurs de la filière du biométhane se sont retrouvés à l’occasion du salon Biogaz Europe, à Nantes (Loire-Atlantique) les 29 et 30 janvier 2020. Il y a un an, l’annonce du projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) suggérant une baisse du tarif de rachat de 67 €/MWh (contre un tarif moyen avoisinant les 105 € aujourd’hui) a mis vent debout l’ensemble des acteurs de la filière. L’Association des agriculteurs méthaniseurs de France dénonce ce projet qui a entraîné un bouillonnement incontrôlé du secteur.

Emballement de la filière

Depuis 2016, l’injection de biométhane dans les réseaux gaziers a connu une croissance très rapide pour atteindre les 2 TWh/an de puissance installée à la fin de 2019. On dénombre une puissance de 24 TWh en projet avec plus de 1 000 projets inscrits pour 123 en service au 31 décembre 2019.

La baisse tarifaire annoncée dans le projet de PPE a entraîné une ruée sur les capacités réservées et leurs contrats d’achat avant la chute des prix. Alors que l’évolution de la filière suivait approximativement les prévisions de la PPE ces trois dernières années, entre février et décembre 2019, les projets ont dépassé les prévisions pour les sept prochaines années.

Le montant qui avait été annoncé empêchait une grande majorité des projets d’être rentables. Cette peur a enflammé les esprits, accélérant le rythme des réservations de droits à l’injection et de tarifs d’achat, y compris pour des projets qui n’en étaient encore qu’au début de leur réflexion.

Baisse de compétitivité

La filière n’est cependant pas prête à assumer la multiplication par 10 du nombre de projets contractualisés l’année dernière. La baisse des coûts de production attendue par le gouvernement se heurte au mur de cet emballement. Alors que la croissance du secteur est censée tirer vers le bas les coûts de construction, ceux-ci connaissent une inflation car l’offre n’est pas en mesure de répondre à la demande. D’après Florian Christ, vice-président de l’AAMF, « ceux qui montent un projet aujourd’hui ont des coûts de construction 20 à 40 % plus chers que ceux que j’ai connus en 2014-2015, à taille équivalente (20 GWh) ».

Lorsqu’un contrat est aujourd’hui signé, le tarif défini pour 15 ans prend effet au plus tard trois ans après la signature. Au cumulé, les projets dont le tarif démarrera dans les trois prochaines années atteignent 12 TWh injectés par an. Or, l’AAMF prévoit la possibilité de raccordement à environ 3 TWh/an au mieux. Concrètement, ceux qui n’auront pas eu le temps de construire et raccorder leur site d’ici à 2023 auront un contrat de 15 ans qui démarrera sans production.

La Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) souhaite réagir vite et appliquer rapidement une diminution des tarifs pour stopper cette croissance incontrôlée. L’AAMF craint que la précipitation à cause de ces échéances intenables, pousse des porteurs de projets à faire de mauvais choix qui nuiraient à la filière et à son acceptabilité. La demande déposée par l’Association auprès de la DGEC de rallongement de cette durée de trois ans a été rejetée.

Gildas Baron

(1) Cultures énergétiques à vocation énergétique.