Franck Le Vallois, directeur général de la Fédération française de l’assurance (FFA), alerte dans un entretien avec l’AFP sur le faible niveau de couverture des agriculteurs, qui viennent d’être frappés dans une large partie de la France par des dégâts historiques liés au gel.

Après le gel, les assureurs seront-ils mobilisés comme le demande le monde agricole ?

Les assureurs sont sur le terrain pour accompagner les agriculteurs touchés par cet épisode de gel. Face à un événement de cette nature, et parce que nous vivons une répétition d’épisodes de gel depuis plusieurs années, nous comprenons l’inquiétude qu’expriment les agriculteurs.

Cependant, le problème n’est pas celui de l’assurance mais celui de la non-assurance. Aujourd’hui, environ 32 % des surfaces viticoles sont couvertes par un contrat multirisque climatique et 3 % à 4 % des surfaces arboricoles. Ces taux de couverture permettent de comprendre l’émotion qui s’exprime. C’est la non-assurance qui crée le désespoir, ce n’est pas le prix, ni le niveau de franchise des contrats.

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Comment expliquez-vous ce faible recours à l’assurance ?

Je n’ai pas une explication, mais j’ai quelques pistes. D’abord, le Fonds national de gestion des risques en agriculture, appelé aussi fonds des calamités agricoles, peut donner le sentiment d’une protection « gratuite » dans l’esprit des agriculteurs et donc générer de la confusion dans son articulation avec la multirisque climatique sur récolte. Cela peut entretenir les habitudes de non-assurance.

Le problème est que ce fond n’intervient plus, en théorie, dans les cas où une assurance peut être souscrite, comme pour les vignobles qui sont 70 % à ne pas être assurés.

Aujourd’hui, la politique agricole commune peut subventionner jusqu’à 65 % d’un contrat multirisque climatique. Cette subvention vise à inciter à l’assurance mais elle n’est peut-être pas suffisante.

Le seuil de déclenchement, c’est-à-dire la proportion de pertes de rendement que doit enregistrer un agriculteur pour être indemnisé, se situe à 30 %. C’est peut-être trop élevé.

Que préconisez-vous ?

Il faut une mobilisation générale pour créer une incitation forte à s’assurer. Nous militons depuis des années pour qu’il y ait une réforme de ce régime d’assurance.

Les directives européennes permettraient d’abaisser le seuil de déclenchement à 20 % et d’augmenter les subventions jusqu’à 70 % du contrat. Ce sont des pistes que nous pouvons étudier. Des échanges ont lieu depuis des années avec les pouvoirs publics, mais nous aimerions que les travaux avancent plus vite. D’autant plus que nous avons déjà connu d’importants épisodes de gel ces dernières années et qu’à chaque fois nous semblons redécouvrir le problème.

L’augmentation de la fréquence des aléas climatiques nécessite que les pouvoirs publics avancent sur la réforme du régime d’assurance. Avec surtout une mise en cohérence de l’articulation entre assurance et Fonds national de gestion des risques en agriculture.

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Avec l’AFP