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La filière bio cherche à relancer le marché

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Commercialisation - La filière bio cherche à relancer le marché
Les ventes de produits bio en grandes surfaces ont chuté de 3,9 % entre 2021 et 2020

L’année 2021 a été marquée par une baisse générale de la consommation alimentaire des ménages. Les ventes de produits bio ont diminué de — 1,3 %, hors restauration hors domicile, entre 2020 et 2021. La filière s’organise pour trouver des solutions à court terme et de nouveaux débouchés pour absorber l’offre et accueillir les nouveaux producteurs.

Selon l’Insee, le budget alimentaire des ménages a chuté de 2,28 % en 2021. De son côté, le marché bio a enregistré une perte de 68 millions d’euros, soit une diminution de 0,5 % de ses ventes tandis que le nombre de nouvelles exploitations a augmenté de 6,7 %.

« C’est la première fois qu’on reçoit une claque si monumentale dans la figure, observe Étienne Gangneron, responsable FNSEA en charge du dossier agriculture biologique. C’est sur l’alimentation que le consommateur réajuste son pouvoir d’achat. » Un comportement « préoccupant », selon l’élu.

Séduire les consommateurs

Les ventes en grandes surfaces ont enregistré la plus grande diminution (- 3,9 % entre 2020 et 2021) mais détiennent encore 50 % du marché bio. « Désormais, le consommateur arbitre entre bio et local, indique Laure Verdeau, directrice de l’Agence bio. La consommation en GMS a pâti de la baisse du nombre de références bio disponibles en rayon, remplacées par des produits locaux. »

Le facteur prix – qui reste encore le premier frein à la consommation du bio – en serait aussi responsable. « Il y a une remise à niveau à faire par rapport aux marges distributeurs, analyse Étienne Gangneron. Tant que la grande distribution et les distributeurs spécialisés continueront à prendre plus de marges sur des produits qui sont plus chers au départ, on continuera de se moquer des consommateurs et des producteurs. »

Lancée lors du Salon international de l’Agriculture, l’équipe de France du bio qui regroupe l’Agence bio, la Maison de la bio et huit interprofessions compte redonner le goût du bio aux consommateurs avec le lancement récent de la campagne #BioReflexe. « Nous souhaitons rassurer et informer le consommateur. Montrer que le bio est contrôlé, qu’il a un effet positif sur la biodiversité et qu’il signifie zéro pesticide de synthèse, explique Laure Verdeau. Montrer qu’il est possible de se faire plaisir en mangeant bio, loin de l’image du mangeur de tofu. »

Trouver de nouveaux débouchés

Avec une croissance à 20,6 % entre 2020 et 2021, la consommation de produits bio en restauration hors domicile a su tirer son épingle du jeu. Selon l’Agence bio, dans les 80 000 cantines scolaires, l’approvisionnement en produits bio n’est actuellement que de 6 % en moyenne bien loin des 20 % imposés par la loi.

« Egalim joue un rôle moteur, souligne Julien Pick, chargé de mission restauration collective pour l’Agence bio. L’obligation de 20 % d’aliments bio dans les cantines ouvre un marché de 1,4 milliard d’euros ». Mais ce débouché nécessite des changements de la part de l’ensemble des maillons de la filière : « il faut adapter l’offre sur les formats, les grossistes doivent mettre en avant ces produits, etc. ».

Pour la Fédération nationale des agriculteurs biologiques (Fnab), des aides sont nécessaires pour équiper et former les équipes de restauration. Par ailleurs, l’Agence bio confie avoir candidaté pour conduire un plan d’actions afin, notamment, de faire rentrer le bio dans la formation des futurs chefs. « On veut plus d’achats en bio, lever les freins, monter une communauté de chefs motivés, explique Laure Verdeau. Acheter des produits bruts, de saison, en direct aux producteurs, réduire le gaspillage, ces leviers sont adaptables à la RHD. »

Outre la logistique, l’autre point clef reste le prix. « Aujourd’hui, on sait que le coût matière de préparation des repas va augmenter à cause de l’inflation. Des arbitrages vont être menés et certainement en défaveur du bio, craint Philippe Camburet, président de la Fnab. Nous demandons que l’État subventionne le coût matière à hauteur de 0,20 € par assiette pour qu’il n’y ait pas de surcoût imputé à la production bio et continuer au moins sur le rythme actuel. Mais on risque d’attendre un peu pour avoir cette libération de volumes qui s’opère. »

Anticiper l’offre

« On aura pour quelques mois encore une distinction forte entre demande et offre », poursuit Philippe Camburet. Pour y faire face, la Fnab milite auprès du ministère de l’Agriculture pour des aides en faveur des producteurs en difficulté. « Cela reste à construire, confie ce dernier. Des réunions se sont tenues avec le ministère pour favoriser l’éligibilité des producteurs bio aux aides qui sont mises en place telles que l’aide à l’alimentation […] Le dialogue est créée, on va pouvoir systématiser la prise en compte des producteurs bios dans les sujets filière et tension de marché, ce qui n’était pas le cas jusqu’à aujourd’hui. […] Nous avons besoin de résilience face aux aléas de marchés qui se combinent à des aléas de production. »

La Fnab propose notamment que les producteurs puissent se doter d’outils de stockage ou de transformation pour résister aux aléas. Elle rappelle aussi la nécessité pour le bio d’avoir des outils de mesures des conjonctures pour observer l’offre et la demande en temps réel et réaliser des projections.

« Quelques filières ralentissent la production, notamment en lait où les conversions sont bloquées, indique également Etienne Gangneron. Même si ce n’est pas quelque chose que nous portons, nous trouvons ça plutôt raisonnable. Il faut se mettre en perspective que ce n’est qu’un moment difficile à passer, que ça va rebondir. Des productions ont de meilleures visibilités, comme en céréales où l’on connaît les assolements et on peut anticiper sur deux-trois ans ».

Baisse des conversions

« L’Allemagne a connu une crise de la sorte y a deux trois ans, poursuit-il. Et puis c’est reparti, mais pas dans un contexte où le prix de l’énergie a explosé et continue d’augmenter. On espère que les choses se stabilisent avec la campagne de communication et le travail des filières. Il faut aussi retrouver un top-up pour les producteurs bio, a priori celui-ci devrait être significatif dans la prochaine Pac ».

Concernant les conversions, la Fnab se veut prudente « On a beaucoup moins de sollicitations dans nos réseaux d’accompagnement pour des conversions, indique Philippe Camburet. On aura probablement l’an prochain des chiffres vraiment en berne par rapport au rythme qu’on a jusqu’en 2021. J’espère que nous aurons des indicateurs plus rassurants pour les débouchés qui pourront inverser la tendance ». Rendez-vous au mois de juillet, où l’Agence bio devrait publier les premiers chiffres 2022 sur la production bio.

Alessandra Gambarini

Une plateforme pour réunir producteurs et professionels de la restauration

Le réseau Manger bio propose de mettre en relation des producteurs biologiques et des professionnels de la restauration d’un même territoire, au travers d’une plateforme. «Nous disposons actuellement de 24 plateformes sur quasiment l’ensemble du territoire», indique Laurent Rozé, président du réseau. Les producteurs fixent leur prix de vente et la plateforme gère sa marge. Elle gère ensuite l’approvisionnement, ainsi que la logistique avec le client : ramassage, distribution, et expédition ». Entre mai 2021 et mai 2022, le réseau a enregistré une hausse de 40 % de son chiffre d’affaires. « Manger bio croît tous les ans. Nous créons aussi un rapprochement culturel entre les paysans et les cuisiniers.» 

1,4 milliard d’euros

C’est le montant du marché qui s’ouvre si les cantines respectent le seuil de 20 % d’approvisionnement en produits bio, selon l’Agence bio.

Témoin
L’avenir du bio appartient au consommateur, pas au producteur Axel Tran-Van, céréalier bio en Haute-Garonne

 « En 2021, j’ai déconverti la moitié de mon exploitation céréalière, en bio depuis 8 ans, à cause des débouchés sur l’alimentation animale qui se sont fermés. La demande en œufs et lait bio a diminué, et par effet mécanique, le besoin en céréales secondaire pour alimenter ces élevages aussi. Après tous les efforts entrepris, ce retour en arrière est un déchirement, mais je ne peux pas me permettre que mes productions soient payées au prix du conventionnel, alors que la récolte est moindre pour des coûts supplémentaires. Nous sommes sur un marché physique, qui correspond à une offre et à une demande. Or, la baisse de la consommation bio, liée à la crise économique que nous traversons, et le nombre de conversions soutenu ont entraîné une production supérieure à la demande. Les pouvoirs publics n’en ont jamais tenu compte, encourageant les conversions sans parler du maintien. Résultat : le marché s’effondre. Le prix du blé panifiable bio a par exemple perdu 20% l’an dernier. Nous sommes sur des années atypiques, il faut relativiser. Les prix vont se stabiliser, mais à quel niveau ? Je suis assez amer : le consommateur français nous signe des chèques en blanc depuis longtemps. C’est bien joli de vouloir du bio derrière sa maison, encore faut-il l’acheter au supermarché. Certaines collectivités ne jouent pas non plus le jeu dans leur restauration collective. Le salut du bio peut venir de là, mais il faut amplifier le mouvement. »

Propos recueillis par Justine Papin

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