À Grimaud, dans l’arrière-pays de Saint-Tropez, Paul Giraud, un viticulteur qui possède 25 hectares de vignes produisant du rouge, du blanc et bien sûr du rosé de Provence, vin très prisé à l’exportation, a vu les flammes emporter tout son matériel agricole.

Le matériel parti en fumée

« Je n’ai plus de machine à vendanger, de tractopelle, de chargeur pour la vigne, de motofaucheuse. Tout a brûlé intégralement. » Encore sous le choc, il tourne en rond dans son domaine de la Tourre, dans une vallée encaissée du massif des Maures.

« Les vendanges ont lieu au début de septembre, comment je vais faire ? Je n’ai plus rien, se demande le septuagénaire qui peine à retenir ses larmes. Je vais devoir faire appel à un prestataire de services ou louer du matériel ? »

En short et T-shirt derrière son comptoir de dégustation, il essaie de joindre son assurance, sans succès. « Je suis désorienté, anéanti, complètement effondré », poursuit-il. Lundi soir, l’incendie parti d’une aire d’autoroutes à quelques kilomètres de chez lui a dévasté sa propriété.

Lors du terrible incendie de 2003 dans la même zone, lors duquel trois pompiers avaient péri, le domaine de Paul Giraud avait échappé au feu. Cette fois-ci, il n’a rien pu faire contre les flammes qui menaçaient « à trois mètres » de sa maison quand les pompiers sont arrivés.

« Le feu tournait dans tous les sens, le feu arrivait de tous côtés, poursuit-il. Les pompiers me disaient : “On arrive, on arrive.” Ils sont arrivés in extremis. J’essaye de relativiser, nous sommes en vie, mais hier j’étais mort physiquement et psychologiquement. »

« C’est une catastrophe »

Plus au Nord, près du village du Luc, un autre vigneron produisant du Côtes de Provence estime avoir « évité le pire ». « On a sauvé nos bâtiments, c’est le plus important, témoigne Guillaume de Chevron Villette, propriétaire du domaine de Reillanne. Pour le reste, c’est une catastrophe ».

Il n’a constaté les dégâts que mercredi. « Lorsque l’incendie s’est déclaré, j’ai dû partir. Je n’ai pas dormi parce que je ne savais pas si ma maison avait brûlé. C’est compliqué à vivre, mais on est tous dans le même cas sur la plaine des Maures. »

« On est à quelques jours des vendanges. Il y aura forcément des dégâts sur la récolte. On produit un vin rosé de qualité, donc le défi sera sûrement d’éliminer le risque de présence d’un goût de brûlure dans le vin », explique-t-il.

Il relève un contexte propice aux feux, avec le vent, la canicule et aussi un « défaut d’entretien autour des parcelles. Comme on est en zone protégée, on ne peut pas débroussailler… Mais ça n’aurait pas empêché le feu. Ça fait mal, c’est notre terre. J’ai 58 ans, ça fait 58 ans que je vis ici. La plaine, je la connais mieux que personne. »

Trop tôt pour dresser un bilan

Nicolas Garcia, du syndicat de l’appellation Côtes de Provence, estime qu’il est trop tôt pour dresser un bilan des dégâts dans les vignes : « On ne peut pas accéder aux domaines donc c’est compliqué à gérer, mais c’est sûr que beaucoup de vignerons ont perdu du matériel. »

Si les pieds de vignes résistent bien au feu, « les fruits ont eu très chaud, et on devra en jeter, pense-t-il. On ne pourra pas non plus récolter les vignes pulvérisées avec du produit retardant » pour le feu.

L’appellation d’origine contrôlée Côtes de Provence s’étend sur plus de 20 000 ha sur trois départements : Var, Bouches-du-Rhône et une commune des Alpes-Maritimes. Les vins rosés de Provence s’exportent notamment vers les États-Unis, la Grande-Bretagne et des pays européens comme l’Allemagne.

AFP