Les rejets d’azote devront baisser jusqu’à 70 % dans 131 zones clés, la plupart proches de réserves naturelles et de terres protégées. Pourquoi ? Pour que les Pays-Bas atteignent leurs objectifs environnementaux en 2030, selon un communiqué du gouvernement datant du 10 juin 2022.

Une décision gouvernementale

« Le but ultime est une campagne vivante avec une nature saine », a expliqué la ministre de la Nature et de l’Azote, Christianne van der Wal, dans un communiqué. « C’est pourquoi cette transition radicale mais nécessaire des zones rurales doit avoir lieu. »

Le gouvernement souhaite ainsi que les agriculteurs accélèrent leur transition vers l’agriculture circulaire en 2030. « Pour les agriculteurs, cela signifie que les émissions devront baisser de 40 %. Cela signifie environ 30 % de bétail en moins », a indiqué la télévision publique NOS.

L’agriculture néerlandaise pointée du doigt

Les Pays-Bas sont un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre en Europe, et d’azote en particulier. Le pays de 17,5 millions d’habitants, densément peuplé, compte une importante population animale : près de quatre millions de bovins, 12 millions de porcs et 100 millions de poulets.

L’agriculture est tenue pour responsable de 16 % des émissions néerlandaises de gaz à effet de serre, en particulier via les engrais et le lisier. « Nous réalisons que [ce plan] aura un impact énorme sur les agriculteurs, a déclaré vendredi le Premier ministre Mark Rutte lors de sa conférence de presse hebdomadaire. Ce secteur va changer. Malheureusement nous n’avons pas le choix, nous devons faire baisser les émissions d’azote. »

Des objectifs à atteindre d’ici à 2030

Les 12 provinces du pays doivent maintenant préparer des suggestions, qu’elles présenteront l’an prochain, pour faire baisser les gaz émis par le bétail, la construction et la circulation. Les objectifs différant d’une zone à l’autre, le gouvernement a établi des objectifs spécifiques et des pourcentages de réduction d’azote pour chaque zone.

Ainsi, certaines zones proches de réserves naturelles ou à risque en matière de qualité des eaux et des sols, devront réduire leurs émissions d’azote à hauteur de 70 %, contre 12 % actuellement.

En plus de ces objectifs régionaux s’ajoute un objectif national : « Les trois quarts des zones Natura 2000 sensibles à l’azote à un niveau sain d’ici à 2030. » Pour ce faire, le gouvernement a provisionné 24,3 milliards d’euros, dont une partie servira à apporter une aide financière aux agriculteurs.

Trois options pour les agriculteurs

Selon le ministère, 3 options s’offrent aux agriculteurs : rendre leur exploitation plus durable, la délocaliser ou cesser purement et simplement leur activité.

Pour les agriculteurs ayant fait le choix de poursuivre leur activité, le gouvernement a détaillé plusieurs mesures permettant de réduire leurs rejets azotés comme la diminution du nombre d’animaux par hectare, la contribution à la séquestration du carbone ou la gestion de l’eau et de la nature.

D’autres possibilités sont également évoquées telles que les cultures riches en protéines, l’agriculture biologique, l’agriculture de précision ou la numérisation.

Des manifestations en perspective

Cette annonce gouvernementale fait suite à une décision en 2019 de la plus haute instance administrative du pays, qui avait souligné que les Pays-Bas n’en faisaient pas assez pour protéger leurs zones naturelles.

Une épreuve de force s’annonce entre le gouvernement et les agriculteurs, dont beaucoup craignent de perdre des exploitations construites sur des générations. « Tout est fait pour chasser les agriculteurs des Pays-Bas aussi vite que possible », a déclaré Bart Kemp, de l’ONG de soutien aux agriculteurs Agractie, à la télévision publique. Il a annoncé de prochaines manifestations.

Laurine Mongenier, avec l’AFP