Dans un rapport publié ce mercredi 13 janvier 2021, le Fonds mondial pour la nature (WWF) pointe « l’expansion agricole en zone tropicale » comme première cause directe de la déforestation.

Ainsi, l’ONG appelle les États de l’Union européenne, et les consommateurs français notamment, à repenser leur modèle économique fondé sur les importations.

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43 millions d’hectares de forêts perdus

En introduction de son rapport, l’organisation mondiale de protection de la nature rappelle la définition de la déforestation : « Il s’agit de la perte de surface forestière au profit d’autres utilisations des terres, ou la réduction importante du couvert forestier. »

À ce jour, poursuit WWF, 43 millions d’hectares de forêts, soit la taille d’un pays comme l’Irak, ont été perdus sur les 24 « fronts » principaux de la déforestation dans le monde entre 2004 et 2017.

Sur ces 24 « points chauds » de la déforestation mondiale, neuf se trouvent en Amérique latine, huit en Afrique et sept en Asie-Pacifique. Ils concentrent à eux seuls plus de la moitié, soit 52 %, de la déforestation tropicale mondiale, relève l’ONG.

Les zones les plus affectées sont l’Amazonie brésilienne et la région du Cerrado au Brésil, l’Amazonie bolivienne, le Paraguay, l’Argentine, Madagascar, et les îles de Sumatra et Bornéo en Indonésie et Malaisie.

L’agriculture commerciale ciblée par WWF

L’expansion agricole en zone tropicale est la première cause directe de la déforestation, pointe le rapport. Plus de la moitié de la déforestation mondiale est directement liée à la conversion des forêts en zones de culture ou de pâturage.

Autrement dit, selon WWF, l’agriculture commerciale, qui défriche pour les cultures et l’élevage du bétail, est la principale cause de cette déforestation à grande échelle, notamment en Amérique du Sud. Le secteur minier, mais aussi les infrastructures, notamment routières, l’industrie forestière et l’agriculture vivrière, surtout en Afrique, sont aussi d’importants facteurs identifiés.

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Huile de palme, soja et bois dans le collimateur

À titre d’exemples, en Asie du Sud-Est, les cultures de palmier à huile et maintenant d’hévéa, gagnent chaque jour un peu plus de terrain au détriment des forêts, note WWF.

La région brésilienne du Cerrado est également principalement affectée par le développement de l’agriculture, avec une perte de 3 millions d’hectares de forêts entre 2004 et 2017 et une disparition de plus de 30 % de sa surface forestière totale depuis l’an 2000, toujours selon le rapport.

Le Brésil dans son ensemble est touché : selon WWF, le pays connaît une recrudescence de la conversion de son couvert forestier, notamment en culture de soja, et pour des besoins d’élevage à la suite des changements politiques récents.

Autres exemples dans le bassin du Congo : l’augmentation de la demande en bois de chauffage et l’expansion de l’agriculture vivrière et de l’exploitation du bois génèrent une dégradation des forêts de plus en plus préoccupante.

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Haro sur la France et l’Union européenne

WWF met l’accent sur le rôle de la France, et plus largement sur celui de l’Union européenne qui, à travers ses importations, participe à la déforestation : « Grande consommatrice de produits importés dont la fabrication contribue le plus souvent à la déforestation de pays éloignés, l’Europe reste un acteur clé à engager pour la protection des forêts. » Selon le rapport, 10 % de la déforestation mondiale est ainsi importée par l’Union européenne.

WWF insiste : « Beaucoup de produits que nous achetons régulièrement contribuent à la déforestation. Ainsi, la viande, les œufs et les produits laitiers que nous mangeons chaque jour sont dérivés d’animaux nourris au soja. Soja dont la culture ne cesse de s’étendre, empiétant sur les forêts naturelles de l’Amérique du Sud. »

L’organisation appelle ainsi les populations à éviter les produits favorisant le phénomène de déforestation et les États à repenser leur modèle économique. « Sans forêts vivantes, nous n’aurons pas de planète et d’humains en bonne santé », affirme Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France.

Oriane Dieulot, avec l’AFP