« La santé des vétérinaires, tant sur le plan psychologique que physique, reste un sujet peu abordé, au contraire de celles des soignants (infirmières, médecins, etc.) », estime le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (CNOV), dans un communiqué publié le 19 mai 2022.

Les travaux de recherche sur la santé psychologique des vétérinaires français, lancés en 2019 par le CNOV et l’association Vétos-Entraide et menés par l’Université de Franche-Comté, viennent d’accoucher de leurs premiers résultats. Et le constat est sans appel : les praticiens sont « trois à quatre fois plus à risque de suicide que la population générale » et « deux fois plus à risque de suicide que les professions de santé humaine. »

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« Taux élevé de burn-out »

Le sentiment d’être « vidé nerveusement » est également prégnant. Le taux d’épuisement émotionnel des vétérinaires français est « 1,2 fois supérieur à celui des agriculteurs et 1,5 fois supérieur à celui de l’échantillon de référence de la population générale », indique l’étude, ce qui conduit à « à un taux élevé de burn-out. »

Les femmes vétérinaires sont les plus sujettes à un épuisement émotionnel important, notamment parce qu’« en plus de leur investissement professionnel, elles assurent toujours une grande part des tâches domestiques et de l’éducation des enfants ». Elles doivent également affronter des « pressions psycho-sociales telles que les stéréotypes sexistes qui les contraignent à devoir prouver sans cesse leurs compétences ».

Fait tout aussi inquiétant, « 20 % des vétérinaires auraient eu des idéations suicidaires au cours des 12 derniers mois », et « 4,7 % des vétérinaires ont déjà tenté de se suicider ». Pour le CNOV, « Le suicide est un acte complexe et multifactoriel, et si des conditions de travail dégradées sont souvent évoquées elles sont rarement le seul facteur en cause ».

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Charge de travail importante

Les raisons de ce mal-être des vétérinaires sont multiples. La charge de travail et la difficulté de concilier vie professionnelle et vie privée sont notamment mises en exergue : 94 % des vétérinaires mentionnent des amplitudes horaires « trop larges ». Les gardes sont aussi un « problème saillant pour la santé des vétérinaires, en particulier ceux exerçant seul dans des territoires ruraux et qui soignent les animaux de rente ».

À cela s’ajoutent la peur de l’erreur, un travail souvent morcelé, mais également la crainte d’être blessé. C’est en particulier le cas en pratique rurale ou équine, mais pas seulement. « Il semble probable qu’il y ait un écart générationnel, entre des vétérinaires plus anciens qui ont l’habitude de prendre davantage de risques et des vétérinaires plus jeunes qui préfèrent, par exemple museler les animaux », note le CNOV.

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Vincent Guyot