« Face à l’impact et à la récurrence des crises, l’intérêt d’une stratégie vaccinale qui viendrait compléter les mesures sanitaires de prévention et de lutte [contre l’IAHP (influenza aviaire hautement pathogène)] doit être examiné », estime le CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) dans une étude scientifique et économique visant à « éclairer les décideurs » et publiée le 19 octobre 2021.

Alors qu’aucun vaccin ne permet de supprimer totalement l’excrétion virale, « le but de la vaccination est de parvenir à un niveau d’immunité collective qui empêche la circulation virale intra- et interélevages », expliquent les auteurs de l’étude. Le coût d’une telle stratégie « apparaît sans commune mesure avec l’impact des crises », même si « tous les éléments ne peuvent être chiffrés à ce stade ».

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La Chalosse en priorité

Pour les experts du CGAAER, en France, la région du Sud-Ouest « cumule les facteurs de risque d’IAHP ». Par conséquent, ils privilégient une vaccination préventive « ciblée sur la filière palmipède en Chalosse qui serait déclenchée en fin d’été, les années où la surveillance internationale met en évidence une circulation virale intense dans l’avifaune sauvage migratrice en amont de la France (Russie et Europe du Nord). »

Une large couverture vaccinale, ainsi qu’une surveillance post-vaccinale performante serait la clé du succès. Pour éviter une circulation à bas bruit de l’IAHP, la vaccination doit être associée à une combinaison de tests de diagnostic permettant de différencier les animaux vaccinés des animaux infectés (1). Avec une « stricte observance des mesures de biosécurité », on peut attendre d’une telle stratégie vaccinale « une réduction majeure, voire une suppression des foyers dus au virus H5N8 ciblé ».

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Difficultés sur les palmipèdes

Toutefois, si les vaccins sont disponibles pour protéger les galliformes contre l’IAHP due au virus H5N8 actuel, il n’existe pas de vaccin directement utilisable chez les palmipèdes. « Il est donc nécessaire de conduire au plus tôt des essais complémentaires avec les candidats vaccinaux disponibles ou en développement », préconise le rapport.

Aussi, les vaccins nécessitant une seule application et compatible avec une application de masse (nébulisation, eau de boisson ou aliment) permettent la meilleure couverture vaccinale. « De tels vaccins existent actuellement pour le genre Gallus mais pas pour les palmipèdes, qui doivent être vaccinés par injection et pour lesquels deux injections sont nécessaires », indiquent les experts.

Freins à l’exportation

Par ailleurs, la vaccination reste mal perçue. « Elle a été le plus souvent mise en œuvre dans des pays où l’IAHP est enzootique (2) avec, pour effet, d’en limiter l’impact économique mais sans parvenir à son éradication, analyse le CGAAER. Des discussions avec les pays tiers sont donc nécessaires pour expliquer le contexte et les modalités d’une possible vaccination en Europe et en France, et tenter ainsi d’infléchir leurs positions. »

À l’échelle européenne, les auteurs de l’étude estiment nécessaire de conduire des démarches concertées, « notamment à l’occasion de la prochaine présidence française de l’Union européenne (UE) ». Et de préciser que les textes de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), comme la loi sur la santé animale de l’Union européenne, « envisagent la vaccination contre l’IAHP, même si des précisions restent à apporter ».

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Vincent Guyot

(1) Stratégie DIVA (differentiating infected from vaccinated animals).

(2) Enzootique : qui a les caractéristiques d’une enzootie, une maladie infectieuse des animaux sévissant dans une zone donnée (étable, village, région, etc.) ou à certaines époques périodiques, sans tendance à l’extension.