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Quand les élevages disjonctent

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© Jérôme Chabanne

Les installations électriques extérieures aux exploitations agricoles sont pointées du doigt pour leurs nuisances causées aux animaux d’élevage. Si les références scientifiques manquent sur le sujet, les troubles observés sur le terrain se multiplient.

« Les éleveurs appellent de la France entière. Tous rapportent les mêmes symptômes sur leurs animaux : baisse de la production, mortalité, augmentation des mammites et des cellules pour les vaches laitières, et troubles du comportement. Ces problèmes sont en lien avec la présence de lignes à haute tension, d’antennes relais, d’éoliennes ou de lignes enterrées », assure maître François Lafforgue, avocat spécialiste du droit de l’environnement.

Le 31 octobre 2019, Me Lafforgue a accompagné l’Association nationale des animaux sous tension (Anast) dans la saisine du tribunal administratif de Paris à l’encontre du ministère de l’Agriculture et du Groupe permanent pour la sécurité électrique en milieu agricole (GPSE). Créé en 1999, cet organisme affiche la vocation de promouvoir la sécurité électrique et l’analyse des courants parasites dans les exploitations agricoles. « Nous souhaitons obtenir les bilans d’activité et les rapports d’études réalisés par le GPSE, qui pourraient apporter un éclairage sur les problèmes rencontrés par les éleveurs sur le terrain », explique l’avocat.

Sensibilité accrue des animaux

Car les références scientifiques manquent sur les effets des ondes générées par les installations électriques sur les animaux d’élevage. « L’origine des troubles est difficilement identifiable, car la cause est souvent multifactorielle, estime Pierre-Emmanuel Radigue, vétérinaire et formateur. Mais lorsque tous les paramètres de l’élevage paraissent maîtrisés, on peut en venir à identifier les installations extérieures à la ferme comme la source de nuisances. »

S’appuyant sur un rapport rendu par l’Anses en 2015, « il n’existe aucun lien direct de causalité entre les lignes électriques et les effets sur la santé, et les performances des animaux d’élevage », affirme Perrine Mas, du Réseau de transport d’électricité (RTE), qui gère 70 % des lignes à haute tension (HT) ou très haute tension (THT) passant par des terres agricoles en France.

Pour autant, « il est reconnu que les animaux sont plus sensibles aux ondes que les humains. Les bovins, qui présentent la résistance la plus faible, ont un seuil de sensibilité de 500 ohms, contre 1 000 à 5 000 chez l’homme », explique Olivier Ranchy, géobiologue à la chambre d’agriculture de la Sarthe. « L’écart entre leurs pattes antérieures et postérieures favorise d’autant plus leur ressenti à la tension dite “de pas” », complète le rapport du GPSE publié en 2019.

Facteurs de risque en élevage

Les champs électromagnétiques générés par des installations extérieures à l’élevage (lignes HT ou THT par exemple) peuvent interagir avec les structures métalliques et provoquer l’apparition de courants parasites. « Les exploitations, qui concentrent chaleur, humidité et la présence de nombreuses structures métalliques comme les cornadis ou les installations de traite en sont la cible privilégiée, tout comme les abreuvoirs », rapporte Olivier Ranchy. Pour Serge Provost, président de l’Anast, « l’équipotentalité d’un bâtiment devrait être considérée à chaque construction pour limiter les risques ».

Le lieu d’implantation des installations électriques pourrait également être déterminant. « Les problèmes se posent véritablement lorsqu’elles se situent au-dessus de failles où circule l’eau, estime Olivier Ranchy. Pourtant, la géobiologie permet de les identifier. » Alors que les services en géobiologie se développent dans les chambres d’agriculture et les groupements de défense sanitaire, « l’État refuse de reconnaître la profession », souligne le spécialiste. Résultat, « les fournisseurs d’électricité et opérateurs de téléphonie continuent d’implanter leurs installations sans diagnostic préalable du sol », appuie Pierre-Emmanuel Radigue. « En France, nous sommes très loin du compte en comparaison à nos voisins européens. En Allemagne, Autriche et Suisse, les géobiologues sont bien plus consultés autour des fermes », poursuit-il.

« 25 % de cas inexpliqués »

Selon Claude Allo, président du GPSE, « les problèmes ont été résolus dans les trois quarts des cas, mais pour les 25 % restants nous ne comprenons pas ce qui se passe. Toutes les causes ont été explorées selon un protocole précis et pour autant les problèmes sur l’élevage sont réels. Nous avons besoin de recherche fondamentale. Les instituts publics comme l’Inrae, doivent dégager un budget pour traiter la question. »

En parallèle, le combat de l’Anast se poursuit. « Le téléphone ne cesse de sonner. L’arrière-saison très pluvieuse semble amplifier les troubles observés, rapporte Serge Provost. Les éleveurs ne doivent pas rester seuls. Notre rôle est de les accompagner. »

Au premier semestre 2020, maître Lafforgue s’apprête à lancer une vingtaine de procédures judiciaires, concernant des éleveurs victimes d’installations électriques extérieures à leur exploitation. « Le fondement juridique retenu est le trouble anormal du voisinage, expose l’avocat. L’absence de certitudes scientifiques sur les effets des ondes n’est pas un frein, dès lors que l’on peut se prévaloir d’une concomitance des faits. Il s’agit de démontrer une situation normale avant la mise en place d’une installation électrique, et l’apparition de troubles a posteriori, sans modification des conditions d’élevage. Les données collectées par les structures de conseil en élevage ou les robots de traite sont des aides précieuses pour documenter ces dossiers. »

M.-F. Malterre, L. Pouchard et V. Guyot

Quelques définitions

Un courant électrique parasite est un courant dont la circulation n’est ni souhaitée, ni maîtrisée. Le dysfonctionnement des installations électriques et/ou des équipements de l’exploitation est souvent en cause (mise à la terre non conforme ou absence de liaisons équipotentielles). Les courants parasites trouvent aussi leur origine à l’extérieur. La présence de lignes à haute tension (HT) ou très haute tension (THT) génère des champs magnétiques qui peuvent interagir avec les structures métalliques et provoquer l’apparition de courants parasites. Le GPSE propose son expertise aux éleveurs dont le troupeau présente un trouble sanitaire et/ou comportemental ou une baisse de production, et qu’ils soupçonnent une origine électrique des problèmes en lien avec une source extérieure à l’élevage.

Trois éleveurs témoignent de leur combat

À partir de 2011, Alain Crouillebois, dans l’Orne, constate que les résultats de son élevage se dégradent. « J’observais des variations de la production de lait sans jamais retrouver le niveau initial. Je rencontrais aussi des soucis pour l’élevage des veaux, explique-t-il. En 2015, la production tombe à 21 l/vache/j, soit 15 l/vache/j de moins qu’en 2011. La fréquentation au robot avait, elle aussi, chuté. Elle était de 1,6 passage par vache et par jour, contre 2,6 en situation normale. Les experts se sont succédés sans identifier l’origine du problème. En 2017, j’ai signé un protocole avec le groupe permanent pour la sécurité électrique en milieu agricole (GPSE). L’étude a duré un an et n’a pas été concluante. Soupçonnant la ligne électrique et un transformateur enterrés à 20 m de mon bâtiment en 2011, j’ai décidé de les déplacer à mes frais à 150 m. Depuis les travaux, qui se sont déroulés le 4 juin 2019, les résultats de l’exploitation se sont redressés et ont quitté la zone rouge. Les vaches produisent 30 l de lait par jour en moyenne, et les veaux n’ont plus de problèmes de croissance. J’ai retrouvé une activité normale. »

Didier Potiron, en Loire-Atlantique, recense la perte de 340 bovins depuis l’installation d’éoliennes en 2012 près de sa ferme. Mais, lors d’une coupure de quatre jours du parc liée à une panne en février 2017, les résultats du robot de traite [constat d’huissier à l’appui] affichent une nette augmentation de sa fréquentation (+ 30 %) associé à une hausse de la production de lait (+ 2,7 %). « Face à ce constat, nous demandons un arrêt définitif du parc éolien par principe de précaution. Même si les démarches sont longues et stressantes, il faut se battre », soutient-il.

La famille Marcouyoux, en Corrèze, s’est battue pendant quinze ans contre les lignes à très haute tension. Pour les trois associés, l’installation était à l’origine de la mort d’une partie du troupeau. Ils ont été déboutés par la Cour de cassation en 2017. La justice n’a pas reconnu de lien direct entre la mort de leurs animaux et les lignes à haute tension.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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