«On est tombé sur la tête. » Cette phrase amicale est lancée par Michelle, une randonneuse du coin, venue à Genêts (Manche) pour profiter des paysages de la baie du Mont-Saint-Michel à la veille du premier mai 2021.

Elle résume l’absurdité de la situation à laquelle est suspendu l’avenir de l’éleveur d’agneaux de prés salés François Cerbonney, et du paysage qui abrite l’écosystème des herbus de la baie. Le comble de l’offense au bon sens, c’est que la mise en danger de cet écosystème fragile vient de l’acharnement d’une association en théorie écologiste, en l’occurrence Manche Nature Environnement (MNE) du réseau FNE.

Une condamnation du juge

« J’ai construit la bergerie de 350 places en 2011, sur ma propriété de 7 ha à 200 m du rivage. La loi littoral révisée de 2004 permet la construction de bâtiments légers pour des activités comme la mienne, relate l’éleveur de brebis de race roussin de la Hague. Le bâtiment en bois et de faible hauteur est invisible de l’extérieur à pied d’homme. Il n’y a pas de nuisance. Cela n’a pas empêché MNE d’attaquer mon permis de construire dès 2011. Ils ont fini par obtenir l’annulation en 2014. Le caractère “industriel” du bâtiment a été retenu par la juge en se basant sur des photos de MNE et sur la taille du bâtiment. Mais aucun magistrat n’est venu se rendre compte sur place. J’avais jusqu’au 19 avril 2021 pour démonter la bergerie. J’ai décidé de ne pas le faire et j’ai lancé une procédure d’appel (non suspensive) qui se tiendra en octobre. En parallèle, j’ai fait la demande d’un nouveau permis de construire au même endroit. »

Le fait que la bergerie soit encore debout expose l’éleveur à une astreinte de 150 euros par jour pour quatre mois, astreinte qui sera revue par le juge le 19 août 2021.

Une activité non délocalisable

« Contrairement à ce que MNE prétend, on ne m’a jamais proposé d’autre lieu. La preuve, c’est qu’il n’en existe pas d’autre possible », poursuit le berger.

« Mis à part un tout petit élevage, François est le seul à entretenir l’herbu de Genêts, assure Christiane Horel, habitante des lieux qui a pris la tête du comité de soutien qui compte environ 4 000 membres. Si François démonte sa bergerie, c’est fini. Les 350 ha d’herbus vont disparaître sous le chiendent maritime et s’ensabler. »

Une zone BAD, « bergerie à défendre »

Pour fédérer « la résistance », la bergerie a été déclarée BAD (bergerie à défendre). Le comité a lancé un site internet pour organiser une collecte officielle de fonds (http://bergerie-a-defendre.fr/). « Ce “fonds de garantie BAD” va assurer l’entretien du bâtiment et l’exploitation du cheptel, selon l’évolution de la situation, explique Christiane Horel. Il sécurisera le berger ainsi que sa ferme. »

Alexis Dufumier