Pour les exportations de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, l’Union européenne est un « marché clé », stable et rémunérateur pour les pièces nobles de viandes ovine et bovine. D’autant que les prix à la production y sont plus faibles qu’en France, « de l’ordre de –25 % pour la viande bovine et jusqu’à –50 % pour la viande ovine », estime l’étude d’impact réalisée par le cabinet Abcis, à la demande du ministère de l’Agriculture.

Prix à la production moyens sur la période de 2012 à 2016. Source : Abcis, 2018

À lire aussi : Lait, un accord de libre-échange à risque avec la Nouvelle-Zélande (19/11/2020)

La viande ovine néo-zélandaise s’est fait sa place

En viande ovine, le marché communautaire figure déjà comme la première destination des exportations néo-zélandaises. Il concentre 37 % des volumes et 47 % de la valeur en 2016. « Avec son contingent de 228 254 tonnes-équivalent carcasse (tec), la Nouvelle-Zélande bénéficie du volume le plus important (environ 80 % du contingent européen global) », détaille le cabinet Abcis, bien que le pays ne l’utilise pas en totalité en raison de la réorientation d’une partie de ses envois vers la Chine.

Le contingent australien est, quant à lui, nettement plus limité avec 7 % du contingent européen global. « En 2016, il ne représentait que 4 % des exportations australiennes de viande ovine », complètent les spécialistes.

Accorder une nouvelle porte d’entrée à la Nouvelle-Zélande se traduirait par des « possibilités d’envois opportunistes pour écouler des surplus » et des « arrivées massives de viande ovine lors du pic de production néo-zélandais au premier semestre ». Une situation qui pourrait s’avérer « particulièrement dommageable » pour la filière française, qui connaît un pic d’offre autour de Pâques. S’agissant de l’Australie, l’ouverture d’un contingent à droit nul supplémentaire conduirait certainement à un « volume rempli chaque année ou presque ».

Les pièces nobles bovines en première ligne

Du côté de la production bovine, les exportations océaniennes transitent vers l’Union européenne au travers de contingents de viande de haute qualité issus d’animaux de race à viande. Actuellement, les envois vers l’Union européenne représentent des volumes limités par rapport au total exporté par l’Océanie (1,9 % pour la Nouvelle-Zélande et 2 % pour l’Australie).

Si l’Union européenne n’est pas une cible prioritaire de l’Océanie, tout volume supplémentaire accordé à droits de douane inférieurs à 20 % serait « vraisemblablement rempli » compte tenu de la faible part qu’ils représentent dans le disponible exportable océanien. Les prix européens des pièces les plus nobles seraient alors les premiers impactés.

Peu d’opportunités pour l’Europe

Dans le cadre de cet accord de libre-échange, dont les négociations ont débuté en 2018, les opportunités pour les viandes bovine et ovine européennes sont minces. La Nouvelle-Zélande, dotée d’une « faible population, d’une démographie peu dynamique et d’une consommation orientée vers des produits standards » ne permet pas aux productions européennes d’espérer gagner au change, selon le bureau d’études Abcis.

En Australie, les perspectives sont un peu meilleures sur le plan démographique. Des barrières tarifaires subsistent, limitant de ce fait l’accès des produits européens à ce marché aujourd’hui. Par ailleurs, il existe également des barrières non tarifaires, « tel que l’embargo ESB sur la viande de veau, qui rend impossible l’importation de ce produit » pour le moment, rappellent les experts.

Lucie Pouchard