Même s’il est d’accord sur le principe de l’arrêt du broyage des poussins mâles, Nicolas Quilleré, producteur d’œufs bio dans le Morbihan, ne peut pas en assumer le coût financier.

Le 18 juillet 2021, le ministre de l’Agriculture a annoncé mettre fin en 2022 à l’élimination des poussins mâles par l’obligation de l’utilisation de l’ovosexage (détecter le sexe des poussins dans l’œuf, afin d’écarter les mâles des femelles avant l’éclosion).

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Décret en cours

Un projet de décret français est en cours d’élaboration prévoyant qu’au 1er janvier 2022, tous les couvoirs français de la filière de la ponte d’œufs de consommation devront avoir installé ou commandé une machine de sexage in ovo.

L’État a prévu 10 millions d’euros dans le cadre du plan de relance pour aider les couvoirs à faire leurs investissements, mais aucune compensation des frais de fonctionnement chiffrés à 64 millions d’euros par an. Même si éleveurs et organisations professionnelles ne remettent pas en cause le bien-fondé de cette décision, ils s’inquiètent, par contre, de savoir qui va payer la facture ?

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Perte de marge brute

« Pour l’instant, il existe deux méthodes (1) qui entraînent des surcoûts de 1,10 à 3,40 € par poulette selon la technique utilisée. Une poulette que j’achète 6 euros aujourd’hui me coûtera 7,10 € ou 9,40 € selon la méthode et la génétique », nous explique Nicolas Quilleré, producteurs d’œufs bio à Pluméliau.

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Nicolas a fait ses comptes. Pour un élevage de 12 000 poules comme le sien, cela représenterait un coût de 13 000 à 40 000 € (selon la méthode utilisée) en plus à chaque renouvellement de cheptel (tous les 13 mois).

Ce qui pourrait être fatal pour son entreprise compte tenu de la taille de son atelier et du résultat dégagé (40 000 €). Selon l’UGPVB (2), en système bio, la perte de marge brute serait en moyenne de 20 %, elle pourrait monter jusqu’à 40 % en système à cages.

À répercuter en bas de facture

Pour l’éleveur, la seule solution est que ce surcoût puisse se répercuter en bas de facture jusqu’au consommateur. « Cela représenterait de 0,4 à 1,2 centime par œuf, soit 6 centimes pour une boîte de 6 œufs, ce qui ne paraît pas insurmontable », estime Nicolas Quilleré, doutant de la loi Egalim 2 pour y parvenir.

Nicolas Quilleré pointe aussi le risque de monopole d’un fournisseur de génétique (un groupe allemand qui a développé la technique la moins chère) et de distorsions de concurrence avec les autres pays européens.

Seule l’Allemagne s’est engagée sur cette voie comme la France. À l’heure où la France va prendre la présidence tournante de la Commission européenne, la section de l’œuf de l’UGPVB plaide pour que cette mesure s’applique à tous les pays européens dès 2022.

Isabelle Lejas

(1) imagerie spectrale et dosage.

(2) Union des groupements de producteurs bretons.