« Nous venons de ressemer une deuxième fois une parcelle de maïs. Mais si les corbeaux l’attaquent encore une fois, on ne fera pas de quatrième semis », explique Hélène Faullimmel, agricultrice avec son père à Gries, dans le Bas-Rhin. Son exploitation compte 140 hectares de maïs dont une parcelle de 40 hectares qui a été intégralement dévastée par les corbeaux à deux reprises. « Il y avait des hordes de 300 ou 400 corbeaux », s’exclame-t-elle.

Trous réalisés par les corbeaux pour manger la graine. © Hélène Faullimmel

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550 € par hectare

Hélène Faullimmel est habituée à perdre 1 ou 2 hectares, mais cette année, les attaques des corvidés prennent une ampleur inédite. « On avait accroché des corbeaux morts mais ça ne sert à rien, constate-t-elle. Pour ce troisième semis, on va essayer le canon. » Et de préciser que la parcelle est entourée de bois, ce qui peut expliquer la présence de ravageurs. De 180 euros de semences par hectare, Hélène et son père sont passés à 550 euros : « Si nous ne trouvons pas de solution, l’année prochaine nous réduirons notre surface de maïs. »

Troisième semis de maïs. © Hélène Faullimmel

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Grouper les semis

Thomas Joly, responsable de la filière du maïs au sein d’Arvalis-Institut du végétal, note également une augmentation des dégâts de corbeaux depuis quelques années. Localement, la gestion des populations aura un effet important. C’est pourquoi il invite les agriculteurs à déclarer les dégâts auprès des instances locales pour gérer au mieux cette régulation.

« À l’échelle de la parcelle, les solutions sont multiples mais aucune n’est parfaite. Même le Korit, dernier répulsif autorisé pour les corbeaux, a une efficacité limitée », explique-t-il. La mesure la plus efficace reste de grouper le plus possible les semis, au sein d’une même exploitation mais aussi au sein d’un territoire afin de diluer la prédation.

L’année dernière, les semis s’étaient étalés de mars à mai et les dégâts avaient été importants. Il conseille aussi de bien enterrer leur graine. Selon lui, les oiseaux peuvent détériorer le maïs jusqu’au stade des 6-7 feuilles.

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Nourrir les corbeaux

Jean Luc Lombard, agriculteur biologique au Plessis-Barbuise, dans l’Aube, a développé une stratégie de diversion pour protéger son maïs. Après le semis, il efface les lignes avec un rouleau ou une herse-étrille et vient semer du blé dans l’interrang grâce au RTK. Il laisse volontairement visibles les lignes de blé afin que les corbeaux les repèrent.

Le résultat est très satisfaisant. Les corvidés se précipitent sur le blé et ignorent le maïs. Au stade des 3-4 feuilles, la céréale d’hiver est détruite par le passage de la bineuse. Avec un semis de blé à 30 kg par hectare, la solution mise en place est très économique. Et la densité peut encore être réduite.

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Renaud d’Hardivilliers