Le 1er décembre 2020, neuf associations dont Générations Futures s’emparaient des résultats de l’étude du professeur Gilles-Éric Séralini démontrant la présence de substances toxiques dans 14 pesticides non déclarés sur les étiquettes, et portaient plainte contre X. Elles lançaient le même jour une campagne citoyenne « Secrets Toxiques ».

Le 25 février 2021, le collectif d’associations a envoyé, avec le soutien de 119 députés européens, une lettre adressée à l’Efsa, agence européenne chargée de l’examen des substances actives utilisées dans les produits phytos. L’agence a deux mois pour y répondre, avant qu’une nouvelle procédure soit engagée par les associations et responsables politiques.

Évaluer « l’effet cocktail » des formulations

Les députés, et des sénateurs français dont Joël Labbé, demandent notamment « l’application correcte du règlement européen tel qu’interprété par la Cour de Justice de l’Union européenne dans son arrêt du 1er octobre 2019 et de mettre en place une prise en compte des effets cumulés de la substance active telle que déclarée évaluée avec tous les autres composants de pesticides qui sont présents dans les formulations commerciales, et ce dès la procédure d’autorisation ou de renouvellement d’une substance active déclarée », explique le collectif Secrets Toxiques dans un communiqué.

Des métaux lourds détectés dans les pesticides

L’étude publiée en octobre 2020 par Gilles-Éric Séralini et Gérald Jungers est l’élément déclencheur : elle montre dans 14 pesticides la présence de « polluants à base de métaux lourds (plomb, nickel, arsenic) et de composés hydrocarbures polycycliques aromatiques cancérogènes, à des doses très importantes, affirme Gilles-Éric Séralini. Ces substances ne sont pas déclarées ni évaluées à long terme. La dose journalière admissible de ces pesticides est fausse. »

Gilles-Éric Séralini dénonce la non-évaluation par l’Efsa de l’effet cocktail (ou effet cumulé) dans la formulation complète des pesticides, l’agence n’évaluant que la substance déclarée active par l’industriel. Une « faille dans le système », selon lui.

« Les méthodes d’évaluation et de mise sur le marché des pesticides en Europe sont une passoire et ne mettent pas en sécurité sanitaire les habitants de nos pays », affirme Dominique Masset, initiateur de la « Campagne Glyphosate ».

Le courrier envoyé à l’Efsa par les députés européens est « une dernière chance de régulariser la situation sur les produits ciblés », ajoute François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. Et d’ajouter son souhait que « l’ensemble des pesticides soit abordé de manière protectrice pour la santé et l’environnement, avec une refonte du système d’homologation ».

L’Anses également interpellée

« L’agence européenne affirme que ce sont les États membres qui évaluent ou réévaluent la sécurité de la formulation complète des pesticides vendus sur leur territoire. Ce n’est pas le cas aujourd’hui avec l’Anses qui ne vérifie pas les effets à long terme de toxicité ou cancérogénicité des produits commercialisés, se contentant d’une analyse de toxicité aiguë », soutient le collectif Secrets Toxiques, qui souhaite transposer le débat au niveau français.

Les associations membres de la campagne « enverront prochainement une mise en demeure à l’Anses pour exiger le retrait de ces pesticides toxiques et une meilleure évaluation systématique des pesticides avant la mise sur le marché », ont-elles prévenu.

Justine Papin