« Quand on parle de souveraineté alimentaire d’un côté et de réduction de l’usage de produits phyto de l’autre, voire de sortie accélérée des pesticides de synthèse, comme l’a fait récemment le président de la République, nous sommes très inquiets et alertons sur cette stratégie », a insisté le collectif Sauvons les fruits et légumes de France, lors d’un webinaire le 21 septembre 2021.

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40 % d’usages orphelins

En effet, les producteurs informent qu’aujourd’hui en France le nombre de solutions homologuées en arboriculture est très restrictif par rapport aux outils dont disposent leurs collègues et concurrents européens. Ainsi, plus de 40 % des usages en arboriculture sont orphelins, c’est-à-dire sans solution homologuée.

« Dans 3-4 ans, il est prévu que près du quart des molécules vont disparaître au niveau européen. Or en arboriculture, il faut 20-25 ans pour créer une nouvelle variété, 50 ans pour un nouveau porte-greffe… Cela ne peut en aucun cas correspondre au pas de temps politique », ajoute-t-il encore.

Le Collectif estime en conséquence que ces retraits, sans réelles solutions alternatives, menacent la capacité de production française. « En terme sanitaire et environnemental, on n’a rien gagné. Pourtant, l’arboriculture française peut être fière de ses pratiques ! appuie Josselin Saint-Raymond, directeur de l’Association nationale pommes poires (ANPP). Elle met tout en œuvre pour répondre aux attentes sociétales. Toutefois, elle est face à des défis qui semblent quasi impossibles à relever. »

Quelques exemples

Contre la cloque de pécher, le zirame, seule molécule qui reste fonctionnelle, risque de perdre son homologation européenne. Or les producteurs estiment que sans cet outil, il y a « purement et simplement un risque d’arrêt de production ».

« Le diméthoate, retiré sur cerise, est un autre exemple qui démontre ce qui passe quand on n’a pas de vraie pratique alternative, estime le Collectif. D’autant que la seule solution restante, l’Imidan (phosmet), risque de voir sa dernière année d’utilisation l’an prochain. »

« Sur pommes contre les pucerons cendrés, on utilisait l’acétamipride, un néonicotinoïde, complète l’Association nationale pommes poires (ANPP). Il a été interdit en Europe non pas par les autorités sanitaires mais par une décision politique et symbolique. Sauf qu’aujourd’hui, on se retrouve avec de fortes attaques qui augmentent nos coûts de protection de plus de 1 000 €/ha. Et en termes d’interventions phytosanitaires, là où l’on faisait une ou deux interventions avec de l’acétamipride, nous sommes désormais obligés d’en réaliser 4 à 6, avec des produits ayant une moindre efficacité et un impact négatif sur la faune auxiliaire. Nous n’avons rien gagné en matière environnemental, nous avons perdu en compétitivité, nous protégeons moins bien nos vergers et nos salariés sont potentiellement plus exposés. »

Céline Fricotté