Effets relaxants, lutte contre le stress, le CBD (cannabidiol), un des principes actifs du cannabis non psychotrope contrairement au THC (tetrahydrocannabinol), est à la mode. Et ce malgré des questions sur son efficacité et une réglementation longtemps défaillante. Il se vend le plus souvent sous forme d’extraits ou d’huile.

« Il y a eu un vrai changement dans l’opinion », veut croire Joe Oliver, cofondateur et patron de LDN CBD. Comme une myriade d’entreprises, sa marque s’est lancée dans l’aventure en 2018 à Londres et prévoit désormais une campagne de financement participatif. Toutefois, cultiver des plants reste un parcours du combattant.

La destruction des fleurs est obligatoire

S’il est possible de faire pousser du chanvre ou de cannabis, la loi oblige à la destruction des fleurs ou bourgeons, les parties les plus nobles qui abritent également la substance psychoactive. Une réglementation qui rappelle la situation française, où l’exploitation des fleurs est aujourd’hui interdite.

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Pour les fabricants de CBD, le seul choix est d’importer l’huile des États-Unis et d’Europe. « Il est difficile de comprendre, en particulier dans une ère post-Brexit, pourquoi il est légal d’importer du CBD et interdit d’en produire », souligne Louise Motala, directrice de Bridge Farm, une exploitation située dans le Lincolnshire (est de l’Angleterre), qui possède un permis pour faire pousser du cannabis, mais ne peut donc pas valoriser l’intégralité de plante.

Malgré ces défis, les professionnels, tels Joe Oliver, s’étonnent du chemin parcouru en quelques années, pour une plante qui n’a pas toujours eu bonne presse : « J’ai vu la vie de milliers de gens changer. Je me souviens de l’époque où tout type de cannabis était complètement interdit. »

Un cadre réglementaire récent

Le Royaume-Uni bénéficie depuis peu d’un cadre réglementaire destiné à rassurer les clients sur la qualité des produits. Jusqu’à présent, certaines huiles pouvaient n’avoir aucune trace de CBD, ou contenir au contraire de la THC.

L’agence de sécurité alimentaire, la FSA (Food Standards Agency) considère le CBD comme un « nouvel aliment », suivant en cela une décision de l’Union européenne de 2019, et a son mot à dire sur la commercialisation des produits. Elle reconnaît toutefois sur son site internet qu’il y a des inconnus sur les effets. La communication et la publicité autour des produits sont par conséquent très encadrées.

« Il n’y a pas encore de preuve évidente que le CBD marche pour tous les problèmes de santé auxquels il est censé répondre, à part pour certains types d’épilepsie », explique à l’AFP Sagnik Bhattacharyya, professeur en psychiatrie au King’s College de Londres.

Le cannabis en Bourse

Le marché du « bien-être » est plus important que le cannabis à usage thérapeutique, disponible sur prescription pour certaines pathologies. Le cannabis récréatif n’est lui pas autorisé. Le CBD se trouve dans des commerces bien connus au Royaume-Uni comme la chaîne de pharmacie Boots ou celle de produits naturels Holland & Barrett.

Le secteur devrait générer des ventes de 690 millions de livres (810 millions d’euros) au Royaume-Uni en 2021, selon l’association du secteur ACI (Association for the Cannabinoid Industry). Et elles pourraient atteindre 1 milliard de livres en 2025, estimait au début de 2020 le cabinet de conseil britannique Savills, qui évaluait le nombre d’utilisateurs à 250 000 en 2018.

Signe d’une ouverture du marché, les entreprises spécialisées dans le cannabis thérapeutique ou les produits dérivés de l’huile de cannabis peuvent être admises à la Bourse de Londres.

Pour le CBD destiné au grand public, le Royaume-Uni est « devenu le deuxième marché au monde » derrière les États-Unis, explique Steve Moore, cofondateur de l’ACI dans un rapport publié en mai, évoquant « la révolution tranquille » du cannabis.

Raphaëlle Borget, avec l’AFP