Avec la tenue de la COP 26 au Royaume-Uni, le pays a souhaité montrer à la communauté internationale sa volonté d’atteindre zéro émission de gaz à effet de serre dans les trente années à venir.

L’agriculture a réagi en présentant sa stratégie pour y arriver dès 2040. Elle affirme ses ambitions par la bouche de Stuart Roberts, vice-président de la NFU, principal syndicat agricole : « Nous avons un rôle important dans le défi climatique et nous comptons l’assumer, mais nous ne pourrons pas le faire seuls. Il faudra que l’ensemble des filières et nos gouvernants nous aident dans cette mission incontournable. »

Selon Stuart Roberts, la solution viendra de la technologie : « L’agriculture de précision et les GPS encouragent la durabilité en développant une productivité plus élevée et une diminution des intrants. Encore faudrait-il que la connectivité numérique rurale, estimée à seulement 40 % aujourd’hui, puisse être au rendez-vous. Le prix de la tonne de l’équivalent carbone, qui a plus que doublé depuis la fin de la COP 26, est aussi un élément primordial. »

Une « alternative » aux revenus de la terre

Une vision largement partagée par les conseillers privés, dont Allen Scobie, consultant écossais, se fait le porte-parole : « Nous sommes très sensibles à ce problème, car il y aura des opportunités, notamment pour les céréaliers qui ne labourent pas. J’ai organisé récemment une table ronde virtuelle avec la société danoise Agreena, un agriculteur brésilien et un homme d’affaires ukrainien pour montrer le champ du possible. Plus d’une centaine d’agriculteurs y ont participé. Le message est clair, c’est une alternative aux revenus de la terre et il ne faut pas manquer cette chance. »

Le conseiller est « plus inquiet pour les producteurs de betteraves, de pommes de terre ou de légumes, sans parler des éleveurs, pour lesquels la mission semble très compliquée ».

Peu de signes tangibles de l’État

Le professeur John Crawford, de l’Université de Glasgow, a réagi au nom de la communauté scientifique. Tout en saluant l’ensemble de l’approche de la chaîne alimentaire du Royaume-Uni, il déclare : « C’est très ambitieux en termes de progrès, mais il faut que les agriculteurs soient informés de la façon dont ils vont être soutenus ou indemnisés pour faire cette transition vers une agriculture à faible émission ou zéro carbone, sinon nous allons à l’échec. Aujourd’hui, il est difficile de faire la distinction entre les paroles et les actes. »

Le gouvernement et le Defra, équivalent du ministère de l’Agriculture, ont seulement affirmé que le monde agricole devait rapidement élaborer un plan, au plus tard pour 2026, où il expliquera comment arriver à la neutralité carbone, sans donner un ordre d’idée des aides qui seront mises en place.

Les deux seuls éléments connus sont la méthode d’accréditation pour les entreprises qui jugeront du zéro carbone, et une menace de sanctions pour ceux qui ne se plieraient pas à la démarche.

Christophe Dequidt