Les céréales à paille et le colza se sont de nouveau renchéris cette semaine. Le colza français a même dépassé son précédent record. Les cours du maïs sont restés fermes, tandis que ceux du soja se sont contractés.

Les prix du blé se redressent après une légère inflexion au début de la semaine

La situation économique en Chine a pu peser sur les cours des matières premières au début de la semaine, avec les inquiétudes sur la possible faillite du géant de l’immobilier Evergrande. Les pistes de solution avancées mercredi ont temporisé ces craintes, mais le sujet n’est pas clos et le risque de contagion à l’économie chinoise toujours présent.

Les cours du blé ont ensuite rebondi aux États-Unis et en Europe, à la fin de la semaine, en lien avec des interrogations sur les niveaux de récolte dans le monde, et notamment en Russie. Ainsi, sur Euronext, l’échéance de décembre a dans un premier temps perdu 2 €/t entre le 17 et le 20 septembre 2021 pour ensuite se renforcer à 250,25 €/t vendredi 24 septembre 2021, contre 247,80 €/t le 17 septembre. Les blés meuniers rendu Rouen se maintiennent à 249,25 €/t (base juillet), pour l’échéance d’octobre-novembre, sur une semaine.

Le niveau de la production de blé russe est incertain et les estimations sont encore très larges, allant de 72,5 millions de tonnes pour l’USDA, ministère de l’Agriculture américain, à 78 millions de tonnes pour l’Union céréalière russe. Le temps sec et chaud en seconde partie de cycle a effectivement réduit les potentiels de rendements du blé d’hiver et du blé de printemps, principalement dans les régions Central, Volga et Oural. Cela conduit à une forte réduction de la production après la très bonne récolte de 2020. Notre prévision Stratégie Grains se porte à 74,5 millions de tonnes. Le ministère de l’Agriculture russe a annoncé que les récoltes sont avancées à 89 % au 22 septembre, pour un volume provisoire de 72,6 millions de tonnes.

Par ailleurs, le Conseil international des grains a réduit ses projections de production mondiale sur un mois de plus d’un million de tonnes, à 780,6 millions de tonnes, ajoutant à la tension mondiale. Les principales révisions portent sur le Canada et l’Argentine : les récoltes canadiennes avancent rapidement et confirment les conséquences désastreuses de la sécheresse et du dôme de chaleur de l’été sur les volumes moissonnés. À moins de 22 millions de tonnes, ils se contracteraient de près de 40 % sur un an. En Argentine, les projections se portent désormais à 19,9 millions de tonnes, contre 20,3 le mois dernier, ce qui correspond à la moyenne des prévisions des Bourses de Rosario et Buenos Aires. Ce niveau de production marquerait toutefois une hausse par rapport à la récolte de 2020 (évaluée à 17,6 millions de tonnes).

La demande mondiale entretient la tension sur les prix du blé

La demande soutenue à l’international a également renforcé la tendance haussière des derniers jours. Le Pakistan s’est porté acquéreur de gros volumes de blé d’origine optionnelle cette semaine (575 000 tonnes), et a lancé un nouvel appel d’offres de 640 000 tonnes. En Asie, la demande a été forte avec l’achat de 50 000 tonnes de blé américain par Taïwan, de 225 000 tonnes de blé américain et canadien par le Japon, et de 112 000 tonnes par les Philippines.

Les exportations de l’Union européenne, dynamiques sur le début de la campagne, prouvent que l’origine européenne est compétitive. Les exportations se portent à 6,5 millions de tonnes à ce stade, soit 2,5 millions de tonnes de plus qu’en 2020 sur la même période. La Roumanie et la Bulgarie sont très actives à l’exportation avec respectivement 2,3 et 1,2 million de tonnes exportées au 19 septembre.

Il est à noter que la Chine s’intéresse au blé australien, malgré les tensions commerciales entre les deux pays : l’Australie, qui attend une très bonne récolte pour la seconde année consécutive, pourrait représenter un recours nécessaire face aux faibles disponibilités mondiales.

Nouvelle progression des prix de l’orge

Au cours de cette semaine, l’orge fourragère en France a grimpé de 2 €/t, à 231 €/t, pour le rendu Rouen et jusqu’à 7 €/t sur la Moselle, à 218 €/t Fob. Les cours européens ont évolué dans une proportion identique à ceux de la mer Noire. Néanmoins, les prix français sont assez nettement supérieurs à ceux de l’Ukraine et de la Russie (environ 18 $/t).

Malgré quelques gelées en Australie, les perspectives de récolte sont très bonnes. D’ailleurs, les prix australiens ont résisté à la poussée des prix de l’Union européenne et de la mer Noire, et sont restés stables cette semaine. Les orges australiennes rentrent dans la phase délicate du printemps et les prochaines semaines seront cruciales dans l’établissement du rendement final.

La semaine a été marquée par un achat turc pour 260 000 de tonnes d’orge, portant les achats au titre de la campagne de 2021-2022 à 1,5 million de tonnes jusqu’à présent (contre seulement 345 000 tonnes pour l’ensemble de la campagne de 2020-2021). En Turquie, la récolte de 2021 a été très mauvaise et le pays a fortement besoin d’importer. Cette demande mondiale soutenue rend le bilan mondial d’orge extrêmement tendu.

Sur le marché brassicole, l’orge d’hiver est restée stable à 256 €/t cette semaine, tandis que l’orge de printemps a gagné 2,5 €/t, à 279 €/t. Les primes brassicoles sont hautes et le manque de disponibilités européennes devrait faire perdurer le phénomène.

Prix du maïs soutenus par la tension en orge et en blé

Les prix du maïs ont été hésitants ces derniers jours sur la scène internationale, avec tout d’abord une baisse principalement liée à l’avancée des récoltes dans l’hémisphère Nord et à la crainte d’un ralentissement économique en Chine, et donc de la demande en maïs du géant asiatique. Mais les prix se sont de nouveau nettement raffermis à la fin de la semaine dans le sillage du blé et de l’orge, dont les situations s’annoncent tendues.

À cela s’ajoute des premiers retours de rendements en maïs plutôt décevants aux États-Unis, des importations chinoises qui restent pour le moment élevées et des récoltes tardives en Europe et dans la zone de la mer Noire. C’est ainsi que les prix du maïs ukrainien ont notamment gagné 5 $/t sur une semaine, à 260 $/t Fob, tandis que le maïs américain Fob Gulf est resté élevé, à 282 $/t. Dans ce contexte, le maïs Fob Bordeaux reste ferme, à 227 €/t pour la récolte de 2021 (base juillet, échéance d’octobre/décembre 2021).

Ce sont donc des bilans de maïs mondial et européen fragiles qui s’annoncent pour la campagne qui s’ouvre. La bonne récolte de maïs attendue en France ne devrait pas être de trop pour répondre à la demande des pays de l’Union européenne : non seulement les maïs français devront en partie compenser les mauvaises récoltes en Europe du Sud-Est (Hongrie, Roumanie et Bulgarie), mais ils devront également assurer une partie de la demande animale de l’Union européenne, laissée vacante par le blé et l’orge.

Au niveau mondial, la hausse modérée des stocks de maïs entrevue en 2021-2022 pourrait s’amoindrir à mesure que le maïs récupère de la demande animale, à moins que les récoltes ne soient revues en forte hausse aux États-Unis, en Ukraine et en Chine.

Colza : record battu pour les prix français

Les récoltes progressent au Canada, et les rendements se confirment à un niveau extrêmement faible. C’est surtout dans la Saskatchewan et l’Alberta que les plantes ont le plus souffert d’un été historiquement chaud et sec. Les rendements dans le Manitoba sont un peu meilleurs grâce au retour des pluies en août, et à des températures un peu moins élevées dans les autres provinces. Néanmoins, la récolte canadienne ne devrait pas dépasser les 14 millions de tonnes cette année, ce qui va fortement limiter les disponibilités pour la trituration locale, mais aussi pour les exportations.

Cela continue de faire grimper les prix mondiaux et européens du colza. En effet, les triturateurs peinent à trouver des volumes à acheter. Malgré l’avancée des moissons, les prix canadiens ont ainsi augmenté cette semaine (de 2 $/t sur novembre et de 4 $/t sur mai 2022). Les cours ont gagné 1 €/t en rendu Rouen et 23 €/t en Fob Moselle, et ont battu un record historique. Ils ont atteint 617 €/t à Rouen et 620 €/t respectivement.

Les prix ont aussi été soutenus par une forte demande en huile du secteur biodiesel, ainsi que par une nouvelle hausse du prix du pétrole cette semaine (+1 %, à 73,3 $ le baril de brut). Les producteurs de biodiesel peinent à trouver des offres en huile de colza pour des livraisons sur octobre-décembre. Les triturateurs semblent avoir bouclé leurs ventes pour cette période. Les ventes d’huile de colza, à l’heure actuelle, concernent plutôt la période de janvier-mars. Le marché de l’huile de colza se retrouve donc, comme celui du colza, dans une situation très tendue sur le rapproché, ce qui est particulièrement inhabituel en début de campagne de commercialisation.

Petite baisse pour le soja américain

Les problèmes d’acheminement des bateaux via le golfe du Mexique continuent de perturber le commerce mondial, malgré une réouverture progressive des installations endommagées par l’ouragan Ida. Les Chinois ont ainsi, cette semaine, passé plusieurs commandes au Brésil afin de s’assurer un approvisionnement continu que l’origine américaine n’est pas en mesure de fournir sur le rapproché.

De plus, le climat a été plutôt favorable pour la progression de la récolte. Elle était faite à hauteur de 6 % de la surface le 19 septembre, ce qui correspond à un rythme habituel. L’état des cultures s’est en outre un peu amélioré cette semaine, la part des champs dans un état bon à excellent ayant progressé de 2 points à 59 %. Cela a comprimé un peu les prix sur le marché de Chicago. Ils n’ont toutefois diminué que de 4 $/t sur l’échéance de novembre 2021, en raison d’une bonne demande chinoise en soja américain pour des livraisons sur l’automne. Les semis de soja ont démarré au Brésil, ce qui a contribué à peser sur les prix de l’origine brésilienne. Ils diminuent de 16 $/t en une semaine.

Le tourteau de soja à Chicago s’est un peu effrité, à la suite du soja, perdant 4 $/t sur le rapproché. Toutefois, en France, le cours du tourteau de soja à Montoir est en hausse de 5 €/t sur la semaine à 415 €/t. En cause d’une part, le ralentissement de la production locale de tourteau de soja, les usines de Bretagne ayant basculé sur la trituration de colza depuis plusieurs semaines ; et d’autre part le rebond de demande des fabricants d’aliments, qui retrouve de la demande dans le secteur bovin après quelques semaines de ralentissements due à une bonne disponibilité en fourrages.

Le pois reste soutenu par les faibles disponibilités et une demande qui se maintient : il grimpe de 3 €/t pour atteindre un nouveau record de 308 €/t départ Marne.

Les récoltes tardives et le colza tirent les prix du tournesol vers le haut

En tournesol, les retards pris dans les moissons continuent de soutenir les prix de la graine malgré les perspectives de récoltes records en Europe et en mer Noire. En France, les premiers rendements sont bons et le pays devrait engranger une bien meilleure récolte que lors des trois campagnes antérieures, qui avaient été marquées par la sécheresse estivale.

La pression de récolte est toutefois loin de se faire ressentir. Les prix français se maintiennent à des niveaux élevés, toujours soutenus par la fermeté du marché de l’huile et la forte tension sur le marché du colza. Ainsi, à Saint-Nazaire, le tournesol standard s’est maintenu à 540 €/t malgré la progression des moissons, et le prix de la qualité oléique gagne même 5 €/t, à 555 €/t.

Le panorama est similaire dans la zone mer Noire où les disponibilités en graine restent inférieures à la demande et les triturateurs ont encore des difficultés à honorer les contrats de livraison d’huile déjà signés. Cette situation a entraîné une nouvelle augmentation des cours de l’huile et de la graine. Le prix Fob mer Noire remonte de 15 $/t à 582,5 $/t depuis la semaine dernière.

Tallage

À suivre : conditions climatiques pour les céréales dans l’hémisphère Sud, récolte de blé en Russie, semis de soja en Amérique du Sud, moissons nord-américaines (maïs, soja, canola), européennes et en mer Noire (tournesol), prix du pétrole, demande biodiesel dans l’Union européenne, aux États-Unis, au Brésil.

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