« Nous sommes déterminés à ce que nos propositions soient reconnues pour proposer un plan pollinisateurs ambitieux et équilibré sur la partie agricole comme sur celle apicole, a insisté Hervé Lapie, secrétaire général adjoint de la FNSEA, le 18 mars 2021 lors d’un point de presse. Nous restons malgré tout très vigilants car en France, on a plutôt tendance à faire de la réglementation pour faire de la réglementation ! »

> À lire aussi : Des parlementaires appellent à un plan pollinisateurs « ambitieux » (19/02/2021)

Une consultation a priori toujours prévue pour la fin de mars

Hervé Lapie précise que le calendrier n’est pas connu, même par les sénateurs et le président du plan économique, qui s’occupe du plan pollinisateurs. « Nous attendons la lecture de l’arrêté, tout en sachant que ce qui nous a été présenté jusqu’alors est une présentation globale du plan pollinisateurs, avec une consultation publique a priori pour la fin de mars », ajoute ce dernier.

En effet, alors qu’en décembre le gouvernement semblait partir « seulement sur des interdictions, sans solution », il a depuis pris le temps de la concertation. Au cours du comité de suivi du 12 février 2021, la trame du plan pollinisateurs a ainsi été présentée à la profession selon les six axes ci-dessous :

  • L’amélioration des connaissances scientifiques ;
  • Les leviers économiques et d’accompagnement des agriculteurs, des apiculteurs et des forestiers ;
  • L’accompagnement des autres secteurs d’activité (aménagements urbains, infrastructures linéaires…) ;
  • La préservation du bon état de santé des abeilles ;
  • La réglementation pour la protection des pollinisateurs lors de l’application des produits phytosanitaires ;
  • Le partage des bonnes pratiques agricoles.

Se baser sur l’évaluation européenne des produits

Christian Durlin, président de la commission environnementale de la FNSEA, insiste : « De notre côté, l’évolution de l’arrêté abeilles est quelque chose d’intégré. Mais il faut une approche large car on ne peut pas repartir sur une analyse simplement réglementaire du sujet. Nous avons bien compris que le texte serait élargi à l’ensemble des produits phytosanitaires. Toutefois, il faut que cela puisse se faire tout en assurant la diversité des cultures (notamment oléoprotéagineux, cultures mineures), mais aussi la souveraineté alimentaire de la France. »

La FNSEA explique qu’elle n’a pas encore en main les projets travaillés par les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique. Malgré tout, elle souhaite, au sujet de l’évaluation des produits phytosanitaires, et contrairement à l’arrêté de 2003, « ne pas être dans un système d’interdiction a priori, mais bien dans l’évaluation des produits en fonction des nouvelles connaissances avec des tests mis au point et consolidés au niveau européen. Il est aussi primordial de prendre en compte les différences d’attractivité des cultures. »

Des plages horaires plus larges

Au sujet des conditions d’interventions, la profession estime avoir besoin de plages horaires plus larges pour protéger les cultures. Cela passerait, selon elle, en démarrant au moins deux heures avant le coucher du soleil, voire tôt le matin.

Les apiculteurs de la FNSEA jugent que si l’avis de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) publié le 5 février 2019 pose les bases de la réflexion, il faut trouver une façon de travailler en respectant les pollinisateurs et en faisant en sorte de ne pas perdre de cultures sur le terrain.

« Les agriculteurs sont de plus en plus sensibles à la situation des apiculteurs, complète Christian Durlin. Ils sont donc en attente de tous les systèmes qui pourront créer du lien, et d’OAD (outils d’aide à la décision) pour être alertés sur le fait que les abeilles sortent de leur ruche ou pas. »

Dialogues entre apiculteurs et agriculteurs

« Je pense que ce nouveau plan est plus ambitieux, juge Éric Lelong, président de la commission apicole de la FNSEA et président d’Interapi. Nous restons force de proposition et espérons que ce que l’on propose sera retenu dans un équilibre qui respecte les uns et les autres. »

Les apiculteurs de la FNSEA rappellent avoir toujours dialogué avec les agriculteurs, notamment pour faire ne sorte que les ressources soient présentes en quantité et en qualité. Pour cette raison, ils sont donc très attentifs au sujet du verdissement de la Pac et travaillent pour améliorer les SIE (surfaces d’intérêt écologique).

« Il y a aussi énormément de surfaces (Cipan, bords de champs, zones délaissées…) qui pourraient être utilisées en faveur des pollinisateurs pour renforcer leur bol alimentaire et le diversifier sur l’ensemble de l’année, notamment avant l’hiver », ajoute Éric Lelong.

« Nous souhaitons par ailleurs avoir un plan stratégique de lutte contre le varroa à l’aide de nouvelles solutions et d’OAD afin d’améliorer la ruche France en termes de capacité de production. »

Avoir des moyens financiers suffisants

Éric Lelong insiste aussi sur le fait que « ce plan pollinisateurs dépendra des investissements financiers réalisés par l’État sur les volets sanitaires, ressources, diversification et sur l’accompagnement des agriculteurs. Un point essentiel reste le renouvellement du matériel. Or pour le moment, […] je ne vois pas trop comment cela va fonctionner ! »

« Il faut une meilleure prise en considération de la profession agricole qui a des charges sur des surfaces non productives et un accompagnement financier. Nous restons force de propositions et espérons qu’elles seront retenues dans un équilibre qui respecte les uns et les autres », conclut Hervé Lapie.

Céline Fricotté