« En ce qui concerne le label bas carbone, nous sommes loin d’avoir l’outil de comptage adéquat », a lancé Christian de Perthuis, économiste du climat, lors du colloque de la FC2A (commerce et négociants) à Tours, le 3 décembre 2021.

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Pas facile d’intégrer la biodiversité

Si le label bas carbone voit peu à peu apparaître des systèmes de mesure (MyEasyCarbon, CarbonExtract, etc.), « il est difficile d’intégrer les valeurs liées à la biodiversité », ajoute l’économiste.

« Certaines pratiques, comme les inhibiteurs de nitrification peuvent être efficaces à court terme, mais générer des effets néfastes sur l’environnement à moyen terme », selon Pierre-Marie Aubert, responsable de l’initiative Agricultures européennes au sein de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales).

Stock de base pas pris en compte

De plus, seul le stockage de carbone supplémentaire est pris en compte dans le label, pas le stock de base. Pour Samuel Vandaele, président de Jeunes Agriculteurs, « avant d’envisager de compenser les émissions, il faut avant tout les réduire, consommer moins de gazole et moins de nitrates », insiste-t-il. Le syndicat travaille avec son réseau pour que le label bas carbone soit étendu en Europe et au Québec.

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23 000 diagnostics en élevage

Même si la question du comptage du carbone stocké n’est pas tranchée, les éleveurs se sont engagés fortement dans la réduction des émissions de carbone. Depuis 2018, 23 000 diagnostics Cap’2ER ont été réalisés en France et les méthodes de calcul ont été harmonisées au niveau européen.

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« Pas assez d’acheteurs en face »

Il reste la question de l’adéquation entre l’offre et la demande. « Aujourd’hui, il y a une forte demande de l’amont pour ce label, note Jean-Baptiste Dollé, chef du service de l’environnement à l’Idele. Le problème est qu’il n’y a pas assez d’acheteurs en face. »

Pour Philippe Eusele, secrétaire général de l’AGPB (Association générale des producteurs de blé), « les grandes cultures pourraient réduire leur empreinte carbone de 31 000 tonnes de CO2. Mais, avec une valorisation à 30 € dans la poche de l’agriculteur, ce n’est pas suffisant pour un changement systémique. »

Outre la rémunération du crédit, le label bas carbone est envisagé comme un outil de fléchage des financements vers des projets vertueux.

Aude Richard