Véritables « puits à carbone », les grandes cultures représenteraient 86 % du potentiel de stockage additionnel en France. L’enjeu est donc énorme pour ce secteur qui devrait pouvoir bientôt intégrer le label bas carbone (LBC) mis en place par le ministère de la Transition écologique, comme l’a fait l’élevage bovin dès 2019. Cela sera possible une fois que la méthode de calcul des crédits carbone, très encadrée, sera validée par le ministère. Cette labellisation va permettre à des collectifs d’agriculteurs, réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre et stockant du carbone additionnel dans le sol, de percevoir une rémunération de la part d’un financeur dans le cadre du marché de la compensation volontaire du carbone. Les coops et les négoces devraient être les clés de voûte de ce dispositif.

Dans l’objectif d’amorcer la pompe, le ministère de l’Agriculture vient de lancer « les bons diagnostics carbone » pour les jeunes installés, qui bénéficieront d’un état des lieux sur leur exploitation, assorti d’un plan d’action. D’autres initiatives n’ont pas attendu le futur déploiement du LBC en grandes cultures pour proposer une rémunération des pratiques « vertueuses ». C’est le cas de la démarche OléoZE, de Saipol, ou encore de Soil Capital Carbon. « Un nouvel écosytème autour du marché du carbone est en train de se créer », confirme Édouard Lanckriet, d’Agrosolutions. Pour lui, ce marché va devenir « très important ». « La transition est inéluctable, mais il ne faut pas se précipiter et anticiper, soutient-il. Le prix des crédits carbone se négocie encore à des prix loin d’être capables de payer l’ensemble des leviers en agriculture ». Autrement dit : « Il ne faut pas brader la valeur carbone de son exploitation, et se positionner pour l’instant sur des projets avec peu de risques. »

Toutefois, il existe une dynamique européenne sur le sujet dans le cadre du Pacte vert, qui devrait avoir un effet accélérateur de ce marché et pourrait avoir un effet sur les prix du carbone. Des subventions publiques dans le cadre de la nouvelle Pac pourraient aussi permettre de financer les efforts des producteurs.

Isabelle Escoffier et Hélène Parisot