Après le feu vert argentin au premier blé OGM jamais conçu, les semenciers européens aimeraient utiliser des outils de sélection génétique plus rapides. Et ce, pour adapter les plantes au changement climatique et à la sécheresse. Sauf que cela reste interdit dans l’Union européenne.

L’Europe bloque sur les OGM

« On travaille sur toutes les espèces que nous sélectionnons, à contrer les conséquences du changement climatique, à la fois la sécheresse et également les nouveaux ravageurs qui apparaissent à cause du changement », explique François Desprez, président du semencier nordiste Florimond-Desprez.

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Ce semencier a mis à disposition de son partenaire argentin Bioceres ses « lignées conventionnelles de blé pour qu’il les transforme, en y incorporant un trait génétique de résistance ». Ainsi, il a permis à Bioceres de proposer sur le marché le premier OGM de blé mondial.

Mais sauf exception, la culture de semences issues de ce procédé de transgénèse est interdite en Europe. Elle consiste à introduire un gène extérieur à la plante.

Quelles options face à l’interdiction des OGM ?

En France, tous les travaux de recherche des semenciers se font donc « en sélection conventionnelle », en cherchant des sources de tolérance, de résistance, « par croisement », explique François Desprez, également président de l’interprofession des semences en France, le Gnis.

Ce type de sélection variétale classique prend du temps : sept à dix ans pour mettre au point une nouvelle variété. D’où un intérêt croissant pour de nouvelles techniques dites de mutagénèse dirigée, qui consistent, contrairement aux OGM, non pas à introduire un gène extérieur, mais à modifier directement le génome de la plante.

Cette technique est rendue accessible par la mise au point d’outils comme les ciseaux moléculaires Crispr/Cas9, qui ont valu récemment le prix Nobel de chimie à la Française Emmanuelle Charpentier et à l’Américaine Jennifer Doudna.

Les antis-OGM ripostent

Or, en juillet 2018, la Cour de Justice européenne a déjà objecté que tout organisme issu de ces nouvelles techniques relève aussi des OGM, et doit donc être soumis aux mêmes règles. Un avis auquel s’est rangé en France le Conseil d’État en février dernier.

Deux mois après l’échéance du délai accordé à l’État pour adapter la législation française, les opposants aux OGM et aux techniques d’édition du génome ont de nouveau saisi le Conseil d’État.

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« On demande des astreintes jusqu’à ce que le gouvernement applique ces décisions », a indiqué Guy Kastler, du syndicat agricole Confédération paysanne, opposé aux OGM comme aux nouvelles techniques, à l’origine de cette dernière saisine.

« Quand on travaille au niveau de la cellule, on provoque tout un tas de recombinaisons génétiques qui ne se font pas en respectant les lois naturelles de l’évolution », affirme Guy Kastler, craignant des risques pour la santé et l’environnement.

Rouvrir la directive OGM ?

Le ministère de l’Agriculture se défend de tout immobilisme et affirme que « devant un risque potentiel de contentieux au niveau européen », le gouvernement a lui aussi sollicité l’avis du Conseil d’État sur les modalités d’exécution de sa décision.

Pour sortir de l’imbroglio juridique, « à l’avenir, le débat de la profession semencière va peut-être être de rouvrir la directive européenne sur les OGM pour repréciser les choses », estime Daniel Jacquemond, dirigeant de Vilmorin & Cie, quatrième semencier mondial.

« Une grande partie de ces technologies n’ont rien à voir sur le plan scientifique avec les OGM », assure-t-il, en regrettant qu’elles soient « interdites sur le végétal » (par la décision de la Cour de Justice, NDLR), alors qu’elles sont jugées « extraordinaires » pour « travailler sur l’humain », à résoudre des maladies rares notamment.

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« Si la société veut moins de produits chimiques, il ne faut pas qu’elle tue l’outil qui peut lui apporter des alternatives aux produits chimiques en permettant de développer plus vite des semences plus résistantes aux maladies, à la sécheresse ou aux insectes » résume un autre grand semencier européen, qui requiert l’anonymat.

Si la décision de l’État français est encore inconnue, le ministre de l’Agriculture semble avoir une idée claire du sujet : « je ne suis absolument pas opposé aux nouvelles technologies, mais alors absolument pas », a déclaré en juillet 2020 Julien Denormandie devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, en privilégiant une « approche de santé ».

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Avec l’AFP