Il y a eu une forte prolifération de pucerons dans les parcelles de betteraves ce printemps. Quelle est la situation ?

La prolifération des bioagresseurs, due au climat chaud de cette année en début de cycle, nous interpelle beaucoup. Les attaques de pucerons peuvent en effet réduire les rendements jusqu’à 30 %, ce qui, dans le contexte de crise que connaît la filière depuis deux ans met le moral des agriculteurs à zéro. A cela s’ajoute la sécheresse qui a entraîné des levées en plusieurs temps. Les alternatives qu’on a aujourd’hui pour lutter contre ces bioagresseurs sont la pulvérisation en végétation et on se rend compte que c’est moins efficace, plus coûteux, sans le bénéfice escompté en terme environnemental.

Vous souhaitez une dérogation temporaire d’utilisation des néonicotinoïdes sur betteraves alors qu’ils sont interdits en France depuis deux campagnes. Pourquoi ?

Interdire les néonicotinoïdes sur une plante qui ne fleurit pas comme la betterave, c’est un non-sens, une erreur politique grave qu’il faut corriger. Je ne suis pas là pour défendre les néonicotinoïdes mais il faut réintégrer sur des cultures qui n’ont pas de floraison, une dérogation de quelques années (même si elle est reconduite annuellement) en attendant d’avoir des alternatives dignes de ce nom. Tous les semenciers travaillent sur ce sujet-là.

> À Lire aussi : Interdiction des néonicotinoïdes : « Nous sommes face à une incohérence écologique » (04/05/2020)

Il faut être pragmatique : un planteur peut accepter une baisse de prix, mais il faut qu’il tienne les rendements. Pourquoi la France n’aurait pas de dérogation comme la Belgique, la Pologne, l’Autriche ? Cela crée des distorsions de concurrence. Je suis donc en train de solliciter l’interprofession pour que nous puissions nous mobiliser sur le sujet, alors que les réflexions sur les assolements de la prochaine campagne vont commencer.

Il s’agit d’un problème qui concerne l’ensemble de la filière, de l’amont à l’aval, qui nous affaiblit tous. Si d’une façon récurrente, on se tire une balle dans le pied parce qu’on n’a pas les outils pour agir et si systématiquement on perd du rendement, il va y avoir un découragement de nos agriculteurs et donc une réduction des surfaces. Et derrière il y a des usines.

Sur quoi vous appuyez-vous pour faire cette demande aux politiques ?

On parle beaucoup en ce moment, et notamment Emmanuel Macron, le président de la République, de souveraineté alimentaire, de relocalisation, d’ancrage des productions dans nos territoires… Regardons d’où vient la filière : elle est née sous Napoléon quand il a décidé du blocus interdisant l’importation de produits en provenance des colonies anglaises, et donc de la canne de sucre. Napoléon a ainsi mis en place une stratégie du sucre dans l’alimentation en prenant un décret en 1811 pour qu’il y ait des surfaces betteravières plantées.

L’origine de la filière s’appuie donc bien sur une réflexion sur la souveraineté alimentaire et je fais aujourd’hui le rapprochement avec le discours du président de la République. Dans la crise du Covid-19, regardons le rôle qu’a joué la filière pour fabriquer du sucre et de la solution hydroalcoolique. Ils n’ont jamais manqué et c’est bien parce que nous avons des productions sur notre territoire.

> À lire aussi : Les sucriers produisent du gel hydroalcoolique (18/03/2020)

En termes de marchés, êtes-vous serein pour la campagne en cours ?

Les prix mondiaux du sucre ne devraient pas vraiment remonter dans les prochains mois, à moins d’un incident climatique. Avec la chute du pétrole, le Brésil va produire moins d’éthanol et davantage de sucre On était reparti sur un marché déficitaire au niveau mondial, mais il est en train de se combler par la conversion plus en sucre qu’en éthanol cette année.

Au niveau européen, avec la sécheresse, on s’oriente vers un déficit de production et les prix ne devraient pas baisser. Ils avaient d’ailleurs commencé à progresser pour la campagne en cours. C’est pour cela que je suis serein pour la campagne de 2020-2021.

À lire aussi : Le Covid-19 fait fondre les cours du sucre (03/04/2020)

Quel sera le prix des betteraves pour 2020 ?

Pour 2019, nous avons versé aux producteurs 22 €/t à 16° (forfait collet déduit) auquel s’ajoute 0,5 €/t d’indemnités de campagne diverses. En moyenne groupe, on est donc à 22,5 €/t. Pour 2020, nous avons annoncé un prix de base de 23 €/t, auquel se rajouteront 2 €/t de prime de compétitivité sur les 25 derniers pourcents des tonnes engagées et livrées, soit les arrachages les plus tardifs, soit quasiment 0,5 €/t de plus. À cela vont s’ajouter les indemnités (50 centimes d’euros/t en 2019).

Ce qui nous permet d’avoir cette sérénité par rapport à ce prix de base dans un contexte compliqué, c’est que nous avons su nous restructurer l’année dernière (avec notamment la fermeture des sucreries de Bourdon et de Toury, NDLR). Quand on cumule tout, c’est une betterave qui va être à 24 €/t, pour quelqu’un qui honore 100 % de son engagement. Pour ceux qui seront un peu courts, nous sommes en train de réfléchir pour adapter ce système de prix à la spécificité climatique de l’année et des bioagresseurs, afin de les récompenser malgré tout.

À lire aussi : Saint-Louis Sucre annonce un prix final de 24,90 €/t pour 2019 (18/05/2020)

Isabelle Escoffier