Ça y est, c’est officiel : le président du Conseil européen, Donald Tusk, a reçu ce 29 mars 2017, de Theresa May, Première ministre britannique, la lettre lançant le début du processus de Brexit. Les négociations devraient durer deux ans, concernant notamment les échanges commerciaux.

Dans ce contexte, le Copa-Cogeca (syndicats agricoles et coopératives de l’UE) s’inquiète pour les exploitants et les coopératives agricoles de l’Union européenne. « Nous estimons que les agriculteurs et leurs familles ne devraient pas avoir à payer le prix du Brexit », déclare-t-il dans un communiqué du 29 mars. Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca, estime que les entreprises agricoles de part et d’autre de la Manche seront durement touchées. « Les consommateurs, qui ont jusqu’à présent bénéficié d’un excellent choix de produits de qualité de toute l’Union européenne, en ressentiront eux aussi l’impact, » ajoute-t-il.

Le Copa-Cogeca rappelle que le Royaume-Uni est importateur net de produits agroalimentaires, pour une valeur de 57 milliards d’euros. Quelque 60 % des exportations agroalimentaires britanniques, regroupant la viande bovine, l’agneau, la volaille, les produits laitiers, et les céréales, partent vers l’Union européenne, pour une valeur de 11 milliards de livres sterling.

« Des mesures de sauvegarde efficaces »

Même inquiétude du côté de la Fédération européenne des fabricants d’aliments composés (Fefac). Dans un communiqué du 29 mars, elle appelle à des efforts de collaboration entre le Royaume-Uni et l’Europe. Elle attire l’attention sur les impacts potentiels sur l’élevage et l’alimentation animale, pour les deux parties. « La Fefac souligne la nécessité de mettre en œuvre des mesures de sauvegarde efficaces pendant toute la période de négociation afin de maintenir des marchés agricoles pleinement opérationnels et accessibles, dans l’intérêt de tous les consommateurs européens, des éleveurs et des partenaires du marché », écrit-elle dans son communiqué.

Selon la Fefac, un accord de libre-échange basé sur les normes européennes serait la meilleure solution pour le secteur de l’alimentation et de l’élevage britannique et européen. Un groupe de travail est en place pour analyser les effets potentiels du Brexit sur le commerce.

« L’agriculture risque d’être le secteur le plus touché par le Brexit »

Et les professionnels de l’agriculture ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Les eurodéputés socialistes Éric Andrieu et Jean-Paul Denanot, membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen, expliquent à leur tour, dans un communiqué du 29 mars, leurs craintes pour les agriculteurs européens. Ils « appellent les 27 à ne pas sacrifier l’agriculture européenne sur l’autel des futures négociations avec le Royaume-Uni ».

« Le budget de la politique agricole commune (Pac), déjà sous pression, le sera encore davantage avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, craint Jean-Paul Denanot. L’agriculture risque d’être le secteur le plus touché par le Brexit. » Avec un manque à gagner estimé à 5 milliards d’euros, « le financement de la future politique agricole commune dépendra essentiellement de la volonté des États membres d’augmenter leurs contributions pour compenser ce différentiel ».

Pour Éric Andrieu, les conséquences commerciales risquent d’être plus importantes que les conséquences budgétaires. « Le Brexit signifie la sortie du Royaume-Uni du marché intérieur et pose du même coup la question de l’accès de nos produits agricoles au marché britannique, dit-il. […] Le Brexit pose, par ailleurs, la question du devenir des contingents agricoles dans les accords de libre-échange signés par l’Union européenne et que devra reprendre à son compte le Royaume-Uni. Enfin, nous devons anticiper le nouveau statut de la Grande-Bretagne dans l’OMC, mais aussi la future politique agricole britannique et nous assurer qu’elle ne créera pas une concurrence déloyale pour les producteurs de l’Union européenne. »

Hélène ChaligneJournaliste web