« Près de 80 % des Français disent avoir une très bonne image de l’élevage », affirme Véronique Pardo, responsable de l’observatoire des habitudes alimentaires au Cniel (2). Si les éleveurs, toutes productions confondues, continuent à bénéficier d’une image favorable auprès du grand public, cette popularité s’érode au fil des années. À l’instar des autres filières animales, les attentes sociétales évoluent à l’égard de la filière laitière.

Les procédés d’élevage au cœur des interrogations

Jusqu’à la fin des années 2000, les questions environnementales prévalaient chez les consommateurs. Aujourd’hui, ce sont les procédés d’élevage qui soulèvent le plus d’interrogations. Véronique Pardo précise : « La sortie des animaux à l’herbe, l’alimentation, la séparation du veau de sa mère, l’euthanasie et la prise en charge de la douleur animale sont les sujets qui reviennent très régulièrement. La question de l’accroissement de la taille des élevages est également soulevée. »

Contrairement aux idées reçues, les populations urbaines ne sont pas les plus inquiètes quant aux procédés d’élevage. « Les personnes vivant en milieu rural, mais sans lien direct avec l’agriculture, représentent un public particulièrement sensible à la transparence sur les conditions d’élevage », relève Véronique Pardo.

Une offre de produits à redéfinir

Des stratégies de différenciation existent pour répondre à ces attentes nouvelles. « Il s’agit de démarches publiques, via les signes officiels de qualité, mais également de démarches privées, conduites à l’échelle des producteurs et des transformateurs, indique Benoît Rouyer, économiste au Cniel. En Italie, 50 % de la production laitière est placée sous un signe officiel de qualité. En France, cela ne représente que 15 % de la production. »

Aux Pays-Bas, où la pression des associations de défense des animaux est historiquement forte, certains industriels se sont engagés dans la démarche de produire du lait « vert ». « La coopérative FrieslandCampina prélève 3 € par tonne à l’ensemble de ses producteurs et redistribue 15 € par tonne aux éleveurs faisant pâturer leurs animaux au minimum 120 jours par an, et 6 heures par jour, précise Benoît Rouyer. L’industriel dispose également d’une filière “Soja responsable” et “Engagement non-OGM”. »

« Anticiper pour ne pas subir »

Christophe Lafougère, directeur du Gira (3), a tenu à alerter les différents représentants de la filière présents. « Attention à ne pas subir la loi de la distribution. Il faut que la filière laitière puisse anticiper d’éventuelles contraintes fixées par les distributeurs. » L’analogie avec la filière des poules pondeuses est toute trouvée.

Il reste la question de la valeur créée. Alors que le sujet des bas revenus agricoles a largement été évoqué lors de cette journée (voir l’encadré), encore faut-il que ces nouveaux efforts demandés aux éleveurs puissent couvrir le surcoût induit, et être vecteurs de marges à la production.

V. Gu.

(1) Organisé par le GIS Élevages Demain, l’Institut de l’élevage, l’Inra, la chambre régionale d’agriculture de l’Ouest, le Cniel, le Cil Ouest et Agrocampus Ouest.

(2) Centre national interprofessionnel de l’économie laitière.

(3) Cabinet de consultants spécialisé dans le conseil et les études de marchés (www.girafood.com).