« Au cœur des sols ». Tel est le nom du certificat mis en place pour répondre à l’attente des agriculteurs pratiquant la conservation et la régénération des sols d’être reconnu par les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens.

Avec le soutien du ministère de l’agriculture, 60 agriculteurs ont été labellisés depuis octobre 2019 et 150 le seront d’ici à la fin de l’année 2020, annonce François Mandin, président de l’Apad (Association pour la promotion d’une agriculture durable). Le label sera officiellement lancé lors du Salon de l’agriculture, du 22 février au 1er mars 2020.

Un label à points

« Les agriculteurs ne veulent plus de cahier des charges, de formulaires administratifs, de contraintes. Ils veulent mettre en place des résultats », explique François Mandin. « Pour créer le référentiel du label, nous sommes partis de la réalité des agriculteurs, et particulièrement des plus expérimentés. » François Mandin insiste : « La certification ne repose donc pas sur un cahier des charges fermé mais sur un référentiel ouvert. » Elle utilise un système de points.

> Voir aussi : Stockage du carbone : Repartir des réalités des sols et des agriculteurs (30/12/2019)

Les trois piliers, à savoir le non-travail des sols, la couverture des sols et l’allongement de la rotation, occupent une place centrale dans l’obtention du label. Mais, afin de n’exclure a priori aucun agriculteur, ces critères ne sont pas rédhibitoires. Les producteurs de pommes de terre, qui travaillent obligatoirement leur sol, peuvent donc participer à la démarche.

Plusieurs actions sont également prises en compte : le suivi de la matière organique, de l’état structural du sol, de la biodiversité ainsi que la réduction de la chimie. L’engagement humain est au cœur du système et remplace un engagement de moyen caractéristique de la plupart des autres labels.

Interrogé sur la question du glyphosate, le président de l’Apad a précisé que les agriculteurs labellisés n’utiliseront pas ce produit entre le semis et la récolte ni pour détruire les couverts végétaux. Seule la destruction des adventices non maîtrisée avant le semis est possible.

> À lire aussi : Le glyphosate est-il cancérigène ? (DecodAgri, 30/01/2020)

De gauche à droite : Jean-Pierre Sarthou, enseignant chercheur à l’Inra et l’INP-Ensat, Florence Richard, agricultrice dans les Deux-Sèvres, François Mandin, agriculteur en Vendée et président de l’Apad, Olivier Mevel, maître de conférences à l’Université de Bretagne, lors de la présentation du label. © Renaud d’Hardivilliers/GFA

Pour l’instant, la certification est interne mais l’association prévoit d’extérioriser ce processus afin d’en améliorer la crédibilité.

Le logo est le fruit du travail d’agriculteurs, de fils et filles, de pères et mères d’agriculteur. Les lettres ACS sont écrites en gras afin de rappeler le sigle de l’agriculture de conservation.

> À lire aussi : Les bénéfices de l’agriculture de conservation des sols prouvés (04/10/2018)

Certifier les fermes avant les produits

« Aujourd’hui, notre première démarche c’est d’abord de labelliser des fermes afin de valoriser les agriculteurs », explique François Mandin. « C’est l’homme qui est au cœur de ce label », martèle-t-il. « Il faut prendre le temps nécessaire afin que les agriculteurs soient reconnus et que la création de valeur soit identifiée avant qu’elle soit captée par d’autres acteurs. » Par la labellisation des fermes, l’Apad souhaite donner aux agriculteurs la reconnaissance suffisante pour être rémunérés pour les services agro-environnementaux rendus : stockage du carbone, qualité de l’eau et préservation de la biodiversité. Que ce soit au niveau de l’agence de l’eau, du ministère de l’agriculture ou de la Pac, François Mandin pense que les aides seront à l’avenir de plus en plus fléchées.

Dans un deuxième temps, l’association envisage de travailler à la valorisation des produits dans les filières. « Mais rien n’empêche un groupe d’agriculteur de construire un contrat avec un meunier local », précise François Mandin, en rappelant que les producteurs restent libres. Ceux qui transforment et vendent en direct leur production peuvent dès à présent valoriser leur certification.

« La reconnaissance du travail accompli depuis 1992 »

Ludovic Joiris, agriculteur à Corbreuse, dans l’Essonne, fait partie des pionniers de l’agriculture de conservation. Au sein de son magasin, il commercialise de l’huile et du savon noir produit sur l’exploitation. C’est avec une grande fierté qu’il peut maintenant apposer le logo « Au Cœur des Sols » sur une partie de ses produits. Pour lui, « le label est une démarche pédagogique importante ». Il témoigne : « Tout le monde me demande si mes produits sont bio. Maintenant, je peux leur expliquer qu’ils sont issus de l’agriculture de conservation. Dès que l’on adopte une démarche qui prend en compte l’environnement, plus de 90 % des clients adhèrent. » Par ailleurs, le label est une reconnaissance du chemin parcouru depuis 1992, l’année ou son père a arrêté le labour.

Produits commercialisés Ludovic Joiris. © Renaud d’Hardivilliers/GFA

> À voir aussi : [Video] Agriculture de conservation : « Un simple investissement en semences »)22/11/2018) (

Le président de l’Apad a profité de la présence des journalistes pour lancer un appel à Emmanuel Macron : « Venez nous saluer sur notre stand au salon de l’agriculture ! »

Renaud d’Hardivilliers