Météo France l’avait annoncé : le contexte du week-end de la Pentecôte, début juin, était favorable au développement d’orages parfois virulents accompagnés de grêle, de très fortes rafales de vent et de pluies brèves mais intenses, sur une zone géographiquement étendue (65 départements en alerte orange).

 

Les recensements de chutes de grêle ont par la suite confirmé ces prévisions (voir carte fournie par Keraunos).

 

 

Keraunos
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Samuel Delale (Indre) : « Une première année de cultures détruites. » © S. Delale
Samuel Delale (Indre) : « Une première année de cultures détruites. » © S. Delale

Localement les dégâts ont pu être catastrophiques, touchant sans distinction habitations, bâtiments, bêtes et cultures. Plusieurs vignobles français (Bordeaux, Beaujolais, Val de Loire…) ont ainsi été par endroits laminés. En maraîchage, les dégâts ont été « très localisés », indique Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France. Même son de cloche en fruits.

 

Les grandes cultures n’ont pas été en reste dans nombre de régions (Nouvelle-Aquitaine, Centre-Val de Loire, Bourgogne, Auvergne, Ile-de-France…). En Aquitaine, par exemple, sur la trajectoire suivie par l’orage de grêle, des parcelles ont été entièrement détruites. Les récoltes devraient y être quasi inexistantes pour les céréales à paille et le colza. « Une orge moissonnée dans cette zone n’a fait que 10 q/ha, ce qui donne une idée de l’impact de la grêle », informe un conseiller des Landes.

 

Soja, tournesol et surtout maïs (consommation, waxy et doux) y ont été aussi très impactés. « Les semis de maïs de mi-avril qui étaient au stade genoux, ont été les plus saccagés », confirme un opérateur. Des resemis sont d’ailleurs prévus par endroits en fonction de l’assurance récolte des agriculteurs.

« C’était l’apocalypse ! »

Le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, s’est rendu dans plusieurs départements pour constater les dégâts des orages du 4 juin (lire l’encadré ci-dessous). Le 9 juin 2022, en empruntant des chemins de traverse car de nombreuses routes étaient toujours inondées, il est allé sur l’exploitation de Marieke et Dominique Poyau, victimes des intempéries comme une trentaine de leurs collègues des Yvelines. « Nous avons eu vingt minutes de grêle très soutenue, raconte le céréalier de Prunay-en-Yvelines. J’ai déjà connu des épisodes de grêle, mais jamais d’une telle force, d’une telle intensité et d’une durée aussi longue. C’était l’apocalypse ! »

 

Il estime qu’entre 80 et 100 % de ses 110 ha de blé, d’orge, de colza et de pois de printemps ont été abîmés. Au total, environ 5 000 ha ont été touchés dans les Yvelines. Chez certains agriculteurs, « plus de 80 % des cultures ont été impactées », souligne Christophe Hillairet, président de la chambre d’agriculture de l’Île-de-France.

 

Du jamais vu

Dans l’Indre, Samuel Delale a quasiment perdu 90 % de sa première année de récoltes. Sur 270 ha, 250 ha sont impactés entre 60 et 100 %. « Les blés, les pois, les orges de printemps, le colza… tout est perforé. Seuls les tournesols ont été sauvés », déclare le jeune agriculteur de 32 ans, installé à Châtillon-sur-Indre depuis 2021.

 

Le 4 juin dernier, en fin d’après-midi, un énorme nuage noir s’est abattu sur le secteur, avec des grêlons de la taille de balles de ping-pong et un vent très fort : « C’est inimaginable. Que ce soit mon grand-père ou mon oncle, personne n’a jamais vu ça sur la ferme. »

 

Heureusement, il avait contracté une assurance climatique, à moitié prix en tant que jeune agriculteur. Les rendements et les prix de référence étaient faibles par rapport aux prix actuels du marché. Selon ses estimations, avec l’assurance, son chiffre d’affaires doit diminuer de 65 %. Le jeune exploitant fera les comptes à la fin de l’année et espère des mesures d’aides gouvernementales.

Des bâtiments saccagés

À Puy-Guillaume, dans le Puy-de-Dôme, « la grêle est tombée durant dix minutes, vers 18 h 30, le 4 juin, avec une violence incroyable. Ce sont des pierres qui tombaient du ciel ! Notre voisin a pesé un grêlon de 900 g. Les dégâts matériels sont importants », relatent Quentin et Anaïs Baumont, éleveurs ovins lait.

 

Aucun des toits n’a résisté : « Nous avons des dégâts sur 2 500 m2 de toiture sur l’ensemble de l’exploitation et de notre d’habitation. Les toits en fibrociment ressemblent à des passoires tout comme le tunnel de stockage. Le toit en tôle d’acier de la bergerie est tout cabossé. Il a fallu bâcher celui de la fromagerie. Il y a eu des infiltrations d’eau dans la cave d’affinage et nous avons dû jeter une quarantaine de fromages. »

 

Les prairies prêtes à être fanées n’ont pas été détériorées, car les grêlons étaient énormes, mais épars sur leur ferme. En revanche, l’herbe a été hachée par une grêle très dense dans le village voisin.

 

Par chance, les brebis qui étaient dehors, ont pu s’abriter sous des chênes. « Trois ont été blessées. La chute des grêlons leur a causé de gros hématomes et a déchiré la peau d’une cuisse sur l’une d’elles, se désole l’éleveur. Il nous reste à contacter les couvreurs et nos assurances, car la grêle n’est pas reconnue catastrophe naturelle. Le coût des réparations va être très élevé. »