Quand elle a commencé à accueillir des touristes dans son exploitation de Dommartin-lès-Remiremont dans les Vosges, l’éleveuse Isabelle Perry, du réseau « Bienvenue à la ferme », louait son gîte durant les deux mois d’été. C’était au début des années 2000. Vingt ans plus tard, « il ne reste plus une semaine de libre en juillet et août, constate-t-elle. Mai affichera bientôt complet, tout comme mars et avril ont quasiment fait le plein ».

Le boom des demandes

Responsable de l’agritourisme pour les chambres d’agriculture de France, Isabelle Perry confirme la tendance générale : « Une réunion s’est tenue à la fin du mois dernier avec le ministre délégué au Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne. L’ensemble des acteurs ont confirmé l’emballement pour les campagnes. » La nouveauté tient, cette année, à « l’anticipation des réservations », remarque de son côté Claire Le Glatin qui, avec son compagnon apiculteur, Thomas, tient des chambres d’hôtes à Ploërdut dans le Morbihan : « Avant la fin de février, nous étions à trois appels par jour. La guerre en Ukraine a ralenti la cadence, mais ça repart désormais de plus belle. » Au sein du réseau Airbnb, le couple a vu évoluer sa clientèle au fil du temps. « Les gens viennent vivre une expérience chez nous. Avant le Covid, ils recherchaient surtout un point de chute pour visiter la région. Ils ont pris plaisir à la ferme. »

 

Thomas et Claire Le Glatin « Les Français ont réservé très tôt cette année. » © Thibault Poriel
Thomas et Claire Le Glatin « Les Français ont réservé très tôt cette année. » © Thibault Poriel

Même son de cloche chez Gîtes de France : leur taux d’occupation pour 2022 s’annonce « très très bon », selon Solange Escure, sa directrice : « Pour avoir le choix de leur hébergement et de leur destination, les Français s’y sont pris très tôt cette année. » La frénésie s’avère telle qu’à la fin janvier, Gîtes de France Vendée, par exemple, enregistrait 75 % de son volume d’affaires réalisé en 2021, précise son président Antoine Priouzeau, polyculteur-éleveur à Sainte-Radégonde-des-Noyers.

 

Des séjours toute l’année

« Avec ou sans Covid, on a énormément de demandes pour le tourisme rural, poursuit Éloïse Reillard, à la tête de “Nos chères campagnes”, une agence de voyages dédiée aux campagnes françaises méconnues. Nos clients savent ce qu’ils veulent : ils choisissent de découvrir la France. Ça n’est plus par défaut. »

Focalisés auparavant sur la saison estivale, les départs à la campagne se répartissent désormais sur toute l’année. « Les gens bénéficient davantage de flexibilité dans leur travail. Ils partent donc plus souvent et moins longtemps », décrit Juliette Langlais, directrice des affaires publiques d’Airbnb.

 

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Tarifs en hausse

Face à cette demande, de plus en plus d’agriculteurs se lancent dans l’agritourisme. Le nombre d’hôtes Airbnb proposant des séjours à la ferme a ainsi doublé de 2019 à 2022. Ils se professionnalisent, par ailleurs, en travaillant en réseau avec d’autres producteurs, de même qu’avec les offices de tourisme (OT) de leur territoire. Les trufficulteurs, Karine et Franck Boissieux, de Romans-sur-Isère, dans la Drôme, travaillent main dans la main par exemple avec l’OT de leur commune pour faire connaître leur métier dans leur ferme, ainsi que proposer des dégustations.

 

Les agriculteurs s’associent aussi à d’autres acteurs locaux : des guides de randonnée ou encore des bateliers font appel à leurs produits. Aurélien Turpin notamment, des « Moments de Loire », emmène ses clients depuis Chaumont-sur-Loire, situé à 20 kilomètres de Blois (Loir-et-Cher), pour des balades insolites sur le fleuve, avec des pique-niques, des repas gastronomiques et des histoires de terroir. La campagne et les bons produits font depuis deux ans figure de Graal. Tout comme les agriculteurs. Éloïse Reillard recherche pour la création de ses séjours sur mesure de nouveaux accueils, des hébergements et des expériences à la ferme. Avec la chambre d’agriculture et l’OT de Corrèze, elle vient d’organiser une ren­contre insolite avec un sélectionneur de limousines qui a beaucoup plu.

 

Cet agritourisme est aujourd’hui recherché et rapporte : des gîtes à la ferme, dans le Jura et les Vosges, ont multiplié le prix de leur nuitée par deux en un an, sans désemplir.